Mektoub

Salam Aleykoum !

En arabe, on dit "Mektoub" pour parler de destinée. C'est même au-delà de cette traduction simple. C'est vraiment la notion de "ce qui arrive est écrit", et assez fataliste il faut l'avouer. Au-delà du religieux également, plus par philosophie. Bon, j'arrête mon cours d'arabe du lundi matin, parce que vu les restes moisis que je dois avoir, je ne suis pas la meilleure pour disserter sur le sujet !

Dans un des livres de Bernard Werber (vous êtes obligé(e)s d'avoir lu un Werber !!!) qui s'appelle L'empire des anges, il est question de 3 enfants en devenir qui vont étudier des couples de parents avant de s'implanter dans l'utérus d'une des mères. Mais bien sûr ils n'ont pas tant de choix que ça... Les âmes qui avaient été mauvaises dans des vies précédentes n'ont pas droit aux "meilleures" familles. Et si c'était vrai ? (oui je sais c'est Marc Levy ça...). Et pourquoi pas ? Chez les bouddhistes ou les hindouistes qui croient en la réincarnation et en l'évolution progressive de l'âme au fil de ses vies, on retrouve aussi ce concept d'"amélioration" de naissances en renaissances...

Quand on voit certaines familles agir avec leurs enfants, je me demande ce que ce "bébé-âme" avait bien pu faire avant pour avoir aussi peu de bol ! Je pense en premier lieu à ce fameux Tousseul, le voisin de mon Joufflu en néonat, dont les parents venaient 15 minutes par semaine, qui ne pigeaient rien au discours des infirmières ou des médecins. J'ai eu quelques nouvelles "sous le manteau" il y'a quelques jours. Tousseul s'est rétabli (il était prématuré et avait d'autres soucis de santé aussi...) et ses parents alcooliques et dans l'incapacité d'en prendre soin ont perdu leurs droits de parents (CQFD...). Il aurait été placé dans une famille en région parisienne, et devrait pouvoir être adopté dans les mois/années qui viennent. Si vous croyez en Dieu, ou non, merci d'adresser des prières ou bonnes ondes vers la capitale pour ce petit loustic qui démarre bien mal dans la vie... Apparemment il n'était pas le premier enfant de ses parents à être placé après sa venue au monde.

Autre histoire, autre contexte : la semaine dernière au supermarché. Alors que nous arrivons à la caisse, nous entendons des cris. La sécurité du magasin "tient" quelqu'un dans une pièce devant notre caisse. Devant, un homme et 5 petites filles, de 3 à 13 ans, soeurs visiblement. L'homme, le père, insulte la personne qui est retenue dans le local "Espèce de grosse mongole, t'as que ça à foutre devant tes gosses ? Salope". Je m'arrête là, vous avez compris le ton. La police arrive et, belle attitude, leur demande de se calmer et leur promet de "trouver des solutions". C'est la première phrase de l'agent et c'est assez rare que je trouve leur attitude remarquable, donc je le fais remarquer. Ils demandent au père ce qu'il s'est passé. La mère sanglote dans le local, les fillettes dansent, rigolent... Il semble que ce soit une scène quotidienne pour elles. Le père explique qu'il avait ses filles aujourd'hui en garde. Que la mère faisait ses courses au même endroit. En fait, par "faire ses courses", j'entends "faucher de la bouffe".

Premier avertissement : elle n'a pas volé un sac Vuitton hein, elle a volé de quoi manger !! Je trouverai toujours une excuse à ce genre de boulette, même si ce n'est pas vraiment idéal comme modèle pour les enfants.

Le père en rajoute une couche : "Putain, sale pute, t'as volé quoi ? Je vais te laisser partir en garde à vue...". La mère sort et explose, et là, misère totale, elle est enceinte (un petit sixième, pour la route !). Elle explose : "mais si tu me payais ce que tu me devais connard, j'en serai pas là".

Deuxième avertissement : Nous y voilà ! Encore un qui assume bien de planter "des graines" tous les 9 mois... Ohh je ne suis pas méchante avec les pères séparés en général. Sauf que pour certains d'entre eux, financer une partie du quotidien de leurs enfants, ça n'a pas l'air d'entrer dans les grands principes de leur "paternité".

Je n'ai pas d'épilogue. Nous avons payé et sommes partis.

Arrive donc ma question : à quel moment la société sort de son rôle en proposant une solution aux familles, ne serait-ce que pour arrêter de "pondre" un enfant à chaque partie de galipettes ? Oh je sais bien que la majorité des gens sont les meilleurs parents possibles, même lorsque les enfants n'étaient pas franchement désirés (même si j'ai un problème personnel avec ce concept de "on a pas fait exprès" mais c'est une autre question). La misère sociale dans laquelle naissent beaucoup d'enfants, dont les 6 de mon anecdote, est-elle normale ? Que peuvent faire les institutions pour endiguer les naissances et stopper le cercle de la violence familiale ? Combien de ces fillettes s'en sortiront assez pour être de bonnes mères, choisir de bons conjoints et arrêter ce schéma ? Je ne suis pas eugéniste, loin de là. J'aime trop mon fils pour savoir que les principes eugénistes m'auraient fait avorter avant sa naissance. Je parle uniquement de prise en charge. J'en reviens donc à mon introduction philosophique : qu'avaient fait ces "âmes" pour se retrouver dans le cas de Tousseul, ou de ces fillettes ? Quels adultes ont-ils pu être dans leurs vies antérieures pour mériter ça ? Je suis athée, profondément, promis, mais bon sang, comment un Dieu d'amour peut infliger cela ?

Je ne peux m'empêcher de penser à tous ces couples stables, équilibrés et infertiles. Comment une jeune femme en mal d'enfant pourrait voir autre chose qu'une certaine forme d'injustice (comme moi il y a 2 ans à peine) devant ce genre de scène ? Comment résister à emmener le petit Tousseul un soir en portant son pote de couveuse aimé et choyé qui rentrait dans une maison pensée pour lui, dans des bras sécurisants ? Je ne me compare pas en tant que "meilleure" ou "moins bonne" mère à ces parents. Cette maman voleuse piquait de la nourriture pour nourrir ses petites, si ce n'est pas le comportement d'une bonne mère, je ne sais pas ce qu'il vous faut ! On lit souvent qu'il n'existe pas de mère parfaite, mais que cette mère est parfaite pour cet enfant. Alors elle est certainement parfaite pour ses filles. Bourdieu disait que l'ascenseur social ou familial était un leurre. Je ne pense pas. Mais les cas ne sont pas légion ! Sur les 6 enfants, seront-elles toutes dans des situations plus simples avant de devenir mères à leur tour ?

Cette violence sans trace qui se grave dans l'esprit souple des enfants peut-elle se changer en positif et faire des adultes aux antipodes de cette "misère" ?

Dans mon cas, j'ai été élevée par un radin maladif (je vous raconterai, un jour...) et je suis dépensière ceinture noire ! On se construit soit en se conformant au modèle parental, soit en s'en éloignant le plus possible. Sur le plan du rapport à l'argent, j'ai donc choisi la deuxième option. L'inné et l'acquis dont on nous rebat les oreilles ont chacun une place, mais ce que l'on voit durant les premières années de notre vie nous façonne. Certains couples se séparent "bien", intelligemment. Les pères et les mères sont responsables à égalité, l'enfant peut donc se développer sainement. Pour d'autres c'est la catastrophe. Tous ces enfants ne deviendront pas des psychopathes pour autant, mais quels parents feront-ils ? Je me suis beaucoup interrogée sur cette question pendant ma grossesse, et régulièrement je me vois agir comme ou à l'inverse de mes parents, plus ou moins volontairement.

Allez, je vous laisse méditer, il va vous gonfler ce post je pense. Observez-vous, observez les autres. Et sans juger, demandez-vous ce que vous feriez dans tel ou tel cas. Bonne semaine !

PS : ah oui, je vous vois venir, les parents de la brigade de fillettes étaient blancs, français pure souche (comme chacun sait cela n'existe pas), et certainement qu'ils touchaient des allocs (mais pas assez visiblement...).

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