Vie(s) de famille(s)

Hello !

« Pour être un bon parent »… Cette phrase que vous savez impossible résume a elle seule la plus grosse difficulté de l’histoire de ma vie, et de celle de certains d’entre vous (je l’espère… Rassurez moi !!).

Je ne vais pas vous faire un article sur « comment être un bon parent en 3 leçons » (j’aurais un grand prix du journalisme et ça me gênerai) mais je vais plutôt tenter de m’en éloigner pour comprendre comment on peut arriver à se trouver pas si mauvais en se regardant un jour dans la glace.

Je ne sais pas chez vous mais chez moi, l’avis des autres compte. Il me touche, m’atteint, me fait rire ou pleurer mais je mets au défi quiconque d’y être véritablement imperméable. Quand je parle des autres, vous savez comme moi que le monde entier a un avis sur la parentalité. Ca va donc des quelques super-proches, aux plus éloignés de vos collègues avec qui vous prenez l’ascenseur une fois par mois. On se permet même de juger des gens que l’on ne connaît pas, mais dont on a entendu que… Une fois de plus, je ne vais aborder le sujet que de ma propre fenêtre, la seule que je connais. Je suis donc, selon le point de vue des différentes personnes qui m’entourent une maman TROP ou PAS ASSEZ.

Du côté des TROP j’entends que mon enfant est trop couvé, qu’il devrait être plus autonomisé, qu’il doit apprendre à rester seul et à pleurer, que je ne dois pas me couper en 4 pour qu’il mange, qu’il se rattrapera au prochain repas, que nos soirées doivent se faire avec lui, que la nuit, il n’a qu’à pleurer seul pendant 2h s’il se réveille… Du côté des PAS ASSEZ, j’entends que je ne suis pas assez maternante, que mon fils a besoin de plus, d’encore plus et de toujours plus, que je dois arrêter de pratiquer mes loisirs pour rester avec lui, que je suis son esclave et que je devais être consciente de tout cela avant qu’il n’arrive. Que ses repas sont cruciaux, tout comme son sommeil, son éveil…

Prenons l’exemple d’une tape. Pour les uns, à la seconde où un enfant te tape, tu te fâches et il va au coin, sans aucune autre manœuvre possible. Pour d’autres, il ne fait pas forcément exprès et mieux vaut éviter de punir, en ignorant son geste. Les livres (oui, je suis toujours bien emmerdée avec mes livres) prônent de façon variable les 2 réactions. Personne ne vous aide donc à prendre la BONNE décision. Et c’est là tout le problème. Chaque parent est différent. Chaque parent a sa vision des choses et son histoire personnelle. Ah bah évidemment j’allais oublier le plus important, chaque parent était lui-même un enfant.

Obéissant ou non, poli ou non, attentif ou non, difficile ou non… Nous sommes avant tout issus d’autres structures familiales avant de créer la nôtre. Et on se construit en parallèle ou à l’opposé de ce modèle qui nous a façonné. Notre famille d’origine est cruciale pour que nous envisagions notre rôle de parent lorsque nous devons commencer à le jouer.

Je me souviens parfaitement du divorce de mes parents dans le petit village dans lequel nous vivions. En 1997, les « enfants de divorcés » devenaient de plus en plus nombreux certes, mais dans les petits villages traditionnels de 4000 habitants, nous n’étions pas nombreux et cette histoire nous marginalisait aux yeux des autres enfants dont la structure familiale était plus « classique » même si personne ne pouvait savoir ce qu’il se passait réellement dans les maisons une fois les portes closes. Nous nous sommes donc retrouvés, ma mère, mon petit frère et moi en ville, dans des écoles différentes. Je garde un excellent souvenir de ces années. Ma grand-mère vivait à 2 pas. Elle était déjà veuve et nous formions un quatuor qui riait beaucoup, nous partions en vacances ensemble, nous étions une famille atypique certes, mais heureuse. Mon père n’intervenait que très ponctuellement dans nos vies (aujourd’hui plus du tout), nos oncles et tantes paternels ont rapidement laissé tomber et ma mère était fille unique. Ma grand-mère également, ce qui fait que les Noël se passaient à 4, tout comme le reste de l’année. Avec le recul, et malgré mes excellents souvenirs de tout cela, je pense que ce n’est pas idéal, mais cela facilitait grandement le quotidien. Une toute petite cellule familiale, soudée et solide. Cela a noué des relations fortes, particulières mais indispensables aujourd’hui.

Ma grossesse a été calamiteuse. Je sais aujourd’hui que j’ai perdu des gens durant cette période ou, en tous cas, que leur regard s’en est trouvé changé. Tout d’abord j’ai été sidérée d’être enceinte. Des années que j’entendais que cela allait être très compliqué et soudain, alors que je ne m’y attends pas, boum ! Le test est positif. Impossible de me lancer dans cette grossesse et en même temps, tétanisée par la peur de voir le miracle s’arrêter. Nous partions en voyage le lendemain de ce fameux test, je commençait les nausées et je sais que je suis apparue sous un jour que l’on ne me connaissait pas : littéralement incapable d’apprécier quoi que ce soit, dans l’écoute du moindre petit signe qui me permettrait de dire « voilà, je savais que c’était trop beau ». Mes vomissements se sont enchainés à cette détresse psychologique et mon corps s’est fatigué. Plus de 18 kilos perdus en 4 mois, des repas impossibles, une tension au ras des pâquerettes. Cloîtrée à la maison, le moral dans les chaussettes, j’aurais dû être si contente… Je devenais illisible pour les gens qui me connaissaient.

Puis, les vomissements s’estompent (pas complètement) et je retourne travailler. 3 petites semaines de quiétude et même si j’étais fatiguée, j’exhibais mon joli ventre avec un sourire jusqu’aux oreilles. 3 petites semaines donc, avant le coup de massue et cette écho du 5ème mois qui allait sonner le glas de la grossesse insouciante. Mon bébé allait-il vivre ? Comment tout cela allait-il s’enchaîner ? Je partais alors pour des examens auprès de nombreux spécialistes. La boule au ventre, les larmes au fond des yeux et à nouveau cette pression de me dire que tout cela devrait être tellement heureux, tellement joli. Au lieu du bonheur évident et attendu, j’avais des échographies qui ressemblaient à des listes de courses : Vérifier taille valve bidule / Fente palatine ? / Présence 6ème doigt ? / Trisomie 21 ?...

Après chaque rendez-vous, nous nous astreignons à envoyer ces messages de débriefing à la liste des gens qui comptent. Plus de coups de fil, ce serait bien trop long de résumer à chaque fois à des gens qui n’en retiennent que la moitié et qui, la semaine suivante, allaient reposer des questions auxquelles on avait déjà répondu, ou pire, qui resteraient sans réponses… Puis le lendemain, l’article sur ce blog, plus détaillé, avec la volonté d’informer les connus et les inconnus. Jusqu’à la naissance, la néonat, la chirurgie et ces 5 putains de semaines qui ont changé toute ma vie.

Les personnes alors autour de moi vont et viennent. Celles qui s’éloignent, parce que c’est triste ou trop compliqué. Qui ne suivent plus, ou qui sont dépassées. J’ai même entendu après sa naissance que « on préférait ne pas demander de nouvelles, on ne savait pas s’il allait vivre ». Merci, excellente idée les gars !! Aujourd’hui encore, on est gêné que je raconte mon histoire à une femme enceinte. Ca pourrait l’inquiéter…

Heureusement, certains autres ont fait leur apparition. Comme cette collègue devenue amie qui lisait le web avant de m’en faire un topo édulcoré et qui est aujourd’hui capable d’expliquer le parcours de Joufflu aussi bien que moi. Cette connaissance de longue date, jamais rencontrée qui prenait des nouvelles via des messages très souvent. En néonat ensuite, avec ces parents qui vivaient le même parcours et même des soignants avec qui nous avons tissé une belle amitié. J’ai fait beaucoup de ménage. Nous n’avons pas eu beaucoup de contacts pendant ces longs mois. De toute façon, les gens à qui cela prenait la tête terminaient invariablement par me dire « oui mais là, il va être opéré, et après ça ira nickel ? » comme pour dire « oh bah c’est 3 fois rien, un peu de mécanique quoi ».

Depuis que mon bébé est sorti d’affaires, je ne veux plus entendre qu’il est fragile ou qu’il l’a été. Je ne veux pas qu’il se construise comme certains, à qui on a rabâché qu’ils avaient été fragilisés par des problèmes de santé et qui te racontent ces histoires lorsqu’on les rencontre. Ce que je dévoile ici fait partie de mon parcours, c’est celui de mon fils bien sûr, mais je veux qu’à l’âge adulte, cela fasse partie de son intimité et qu’il ne se sente pas obligé d’en parler alors qu’il boit un verre avec une fille qui lui plait. Sa cicatrice aura peut-être disparu ou sera quasiment invisible et ce ne sera pas écrit sur son front. J’essaie de mesurer mes réactions lorsqu’il fait de la fièvre ou a une otite. D’ailleurs, la fille d’amis est dans le même cas et elle n’a jamais approché l’Hôpital des bébés. Il est en crèche, et l’éveil et le plaisir qu’il a lorsque je le laisse dans les bras d’une puéricultrice valent tous les microbes qu’il peut y attraper. Il mange quasiment comme nous, les mêmes légumes et les mêmes "gourmandises pas forcément bonnes". Il est équilibré, souriant, dynamique, coléreux, fainéant, pleurnichard, adorable, amusant, acteur, têtu et épuisant !

Tout ca pour dire que je sais très bien sur qui je peux compter aujourd’hui. Mes 2 phares au milieu de tout ce brouillard ont été mon homme et ma maman. Ma famille est composé maintenant de 3 personnes que je mets dans la sphère de mon intimité : Ma mère, celle qui m’a portée et accompagnée de mon premier souffle à aujourd'hui. Mon homme, qui est une épaule indéfectible et qui m’a fait ce petit Joufflu, et ce fameux petit bébé que j’ai façonné dans mon ventre. Comment ne pourrait-il pas faire partie de ma vie de façon intrinsèque étant donné qu’il a été créé dans mon ventre ? (je n’en oublie pas mon frère et mon beau-père mais je ne les place que juste un tout petit peu en retrait de ce cercle très restreint). Cette proximité n’empêche pas les frictions et les désaccords. Je suis foncièrement en désaccord très régulièrement avec tout un tas de personnes ou d’idées mais lorsqu'il s'agiit de l'une de ces 3 personnes, c’est difficilement gérable. Et ça démolit des journées entières à ruminer et à établir des plans, que l’on laisse s’effondrer… Puis finalement, je mise tout sur le temps qui va passer et atténuer un peu la peine, et le ressenti. Je suis parfaitement imparfaite, je suis profondément pleine de défaut mais jusqu'à présent ma barque s'est menée, non pas sans encombre mais de façon raisonnable et réflechie. Je suis parfois en haut, parfois en-dessous. Comme le dis mon livre du jour (lol), je suis la maman parfaite de cet enfant parfait. Ou la mêre imparfaite de cet enfant imparfait. C'est selon...

Pour conclure, voici le bulletin santé de l’affreux Joufflu. Vous n’allez jamais le croire mais le diabolo de l’oreille gauche s’est… bouché ! Je vous passe les détails compliqués mais toujours est-il que nous avons passé notre vendredi après-midi dans les couloirs d’HFME (je pense qu’il va faire ses premiers pas dans cet hôpital si ça continue) afin de déboucher ce diabolo coincé dans les secrétions pourries en évitant de retourner au bloc… C’est chose faite, dans les hurlements, fermement maintenu par un homme baraqué qui serrait fort les 10 kg de bébé surexcité tandis que la chirurgienne introduisait caméra et aspiration dans le tympan de mon bébé. Nous voilà reparti pour 10 jours d’antibiotiques… A quel moment est-ce que tout cela va s’arrêter ?? Si vous avez des dons de voyance, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil sur cette question, et à me tenir informée du résultat. Bonne semaine !

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