Le petit coup de mou

Je n’aime pas Ingrid Chauvin (je suis sûre que vous savez déjà où je veux en venir).

Je n’aime pas Ingrid Chauvin. Je ne suis pas sa carrière, l’actrice ne m’intéresse pas, la femme non plus à priori. C’est de l’indifférence, pas de la méchanceté. Pourtant, je ne souhaite à personne ce qu’elle a vécu. Vous le savez, le deuil périnatal (c’est comme ça qu’on appelle la perte d’un enfant dans le jargon des pros) n’a pas frappé directement chez moi, mais tout près. Je vous le racontais ici.

On la voit beaucoup en ce moment, elle fait la promotion de son livre autobiographique, que je n’ai pas l’intention d’acheter. Toujours pas par méchanceté, juste parce que je connais l’histoire, que j’y suis sensible et que je ne me vois pas me plonger dans ce bouquin. Si le coeur vous en dit, achetez-le, elle va reverser une partie des bénéfices au pôle Cardio de l'Hôpital Necker à Paris.

Dans une interview elle parle de la force de son couple. De ce lien qui les a réuni dans le pire. Elle dit que lorsqu’elle allait se jeter dans le vide (au sens littéral ou non), elle sentait le regard interrogateur de son mari. Qu’ils ont décidé de se soutenir.

Loin de moi l’idée de comparer nos vécus. Mon fils va bien encore une fois. Cela m’a juste fait penser à une expression que nous avions créée avec mon homme, avant la naissance et pendant la néonat : « le petit coup de mou ».

Pour ne rien vous cacher, on a beaucoup pleuré. Seuls, ou ensemble. Chez nous, chez les autres, en voiture en allant ou en revenant de l’hôpital. A chaque étape quasiment (et elles ont été nombreuses). Nous nous sommes isolés, nous avons vu peu de monde (surtout dans les semaines de l’hospitalisation). Nous pleurions ensemble, sans gêne, sans tabou. Je me souviens que l’on se disait alors (par SMS lorsqu’on était chacun de notre côté, ou ensemble) : « J’ai un petit coup de mou ». Chacun son tour. Parfois sans raison, les larmes montaient et c’était juste « un coup de mou ».

Cela nous appartenait, c’était notre intimité à ce moment-là. Dans l’épreuve, notre vieux couple (10 ans au moment de la naissance de notre bébé) a été une bouée de sauvetage. Nous avons partagé encore plus, dans la douleur, la colère ou la peur. Nous ne sommes pas parfaits, nous rencontrons, comme les autres, des hauts et des bas. Souvent je me demandais comment un jeune couple pourrait vivre ce que nous traversions. Je suis certaine que quelques uns n’y auraient pas survécu. C’est d’ailleurs souvent le cas. Je ne crois pas que les enfants soient un ciment dans une famille classique. Ils sont la source des tensions, des disputes. Ils sont bien sûr aussi les sourires et la fierté mais c’est parfois compliqué de la voir quand on fatigue trop… Les rôles sont redistribués, les parents ne sont pas semblables sur la manière d’éduquer un enfant, même s’ils sont d’accord dans les grandes lignes. Et quand survient une difficulté supplémentaire (une maladie, un accident…), on ajoute un peu de hauteur au château de cartes.

Je suis convaincue que les couples ne sont que rarement éternels. J’aimerai le croire mais je suis réaliste. A l’image du film « La guerre est déclarée » (vous avez vu ce film ?? C’est excellent, c’est dur, mais c’est beau !), les couples explosent mais parfois ils arrivent à rester en bons termes, dans l’intérêt des enfants. Il faut une sacrée force pour mettre sa rancœur de coté dans le but de préserver les enfants.

Nous avons eu de la chance, même si nous sommes aujourd’hui des personnes différentes en plus d’être des parents. Nous sommes un binôme, des partenaires en plus d’être des amoureux, des amants, des amis. Nous avançons avec le Joufflu sur le chemin des parents, parfois avec assurance et parfois à tâtons ! En tant que femme, je pense que j’ai beaucoup de chance d’avoir un homme qui a su pleurer lorsqu’il ne se sentait pas bien dans cette aventure, et aujourd’hui qui s’implique parfois plus que moi dans la gestion de notre enfant. J’ai coutume de dire que le mariage n’a plus de valeur du moment qu’un enfant est né. Qu’on le veuille ou non, une alliance s’enlève, des vœux se rompent, le divorce est courant. Mais dans les yeux de cet enfant, on voit l’autre chaque jour de sa vie !

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