Dans l'innocence mais pas dans l'ignorance...

Hello,

Samedi soir, mon frère (27 ans, célibataire) a gardé la fille d’un collègue de boulot.

Là, comme ça, qu’est ce que vous vous dites ? Est-ce que comme moi vous pensez : « ah cool, il est sympa ». Ou alors vous peignez le tableau en noir et vous vous dites : « un homme célibataire qui approche la trentaine, gardant la fille de 9 ans d’un collègue de boulot… Bizarre… »

C’est une question, pas un jugement. Je serai curieuse de voir, sur 100 personnes, combien n’y voient rien d’anormal.

Si j’avais écrit : « Samedi soir, ma sœur (27 ans, célibataire) a gardé la fille d’un collègue », est-ce que les réactions seraient identiques ?

Je recommence donc. La semaine dernière, un collègue de boulot de mon frère (il vend des voitures pour une marque française) lui explique qu’avec sa femme ils ont une grosse soirée et pas de baby-sitter. Est-ce que mon frère veut bien gérer, chez eux, la soirée de la petite à base de dîner qui fait plaisir (genre pizzas) et The Voice. Mon frère, pas fan de The Voice pourtant, accepte. Mais il s’interroge. 9 ans, c’est parfois l’âge con. Et si un jour il lui prenait de raconter qu’il a tenté des choses, même une phrase anodine du genre : « il m’a fait un câlin, un bisou, une caresse pour me dire bonne nuit. Il est venu près de mon lit… ».

Mon frère est un jeune homme sérieux. Et je ne dis pas ça parce que c’est mon frère. Souriant mais sérieux. Il a, fut un temps lointain, approché de très près une carrière auprès des enfants avec obtention du Bafa, option Cirque et du boulot en colo et dans une garderie. Un jour à la garderie, alors que les relations entre les enfants et les hommes du personnel sont étroitement surveillées, une toute petite fille lui dit que son papa aime quand elle lui fait un câlin là. Je ne vous fais pas un dessin… Signalement, déclenchement d’une procédure…

Mon frère en était malade. Il s’est arrêté quelques mois après pour reprendre des études et apprendre à vendre des voitures. Les voitures, on ne peut pas leur faire du mal. Il a la tchatche, il vend bien.

Mais avec les enfants, il a un truc. Ils l’adorent ! Mon fils avec ce tonton c’est toute une histoire. Je lui fais une confiance aveugle.

Samedi soir il a donc gardé la fillette, ils se sont bien amusés, il a même envoyé un texto pour faire gagner le Elvis Prestley de The Voice, lui qui déteste le star system… La petite était aux anges !

Pourquoi je vous raconte tout cela ? Parce que je me demande comment nous en sommes arrivés là…

Il y’a quelques semaines, je lis sur mon fil Facebook le témoignage suivant sur une page d’un magazine pour les mamans :

« Bonjour,

Je suis enceinte de 35 SA et c’est un petit garçon. Mon mari est très impliqué dans ma grossesse et ravi de devenir père. Il me dit qu’il a hâte qu’il soit là, de le changer, de le bercer, de le nourrir… et de prendre son bain avec lui. Je ne lui réponds pas mais je suis choquée, je trouve ça très malsain. Je ne veux pas qu’il puisse fantasmer ou le toucher dans l’intimité d’un bain, même s’il met un maillot de bain »…

Au premier abord, je lis et je me dis : « non c’est une blague ». Et puis non, la nana a épousé un mec et ne lui fait pas confiance pour le laisser nu avec leur enfant. Qu’est ce que qu’elle a bien pu vivre pour penser à cela ? A ne pas voir l’image d’Epinal d’un jeune papa gazouillant avec son fils, jouant dans l’eau ???

Mon jules prend des bains avec SON fils. Ils sont nus tous les 2, parfois très proches. Ils me pourrissent la salle de bain en remuant de l’eau partout, je les entends rire et chanter. C’est de l’intimité. C’est une relation animale, c’est un père et son fils. Quand il est né, il est sorti de mon ventre. J’étais nue, il n’y avait pas 36 chemins.

Comment avoir une vision sexuelle de ces moments-là ? Comment faire un enfant avec un homme à qui on ne pense pas le confier dans un moment comme le bain, qui allie la toilette et le jeu ? Mon fils me voit nue pour l’instant. Je pense qu’il n’a pas encore la notion de l’intimité que nous avons nous adultes. Il rentre dans les toilettes et pas question de ne pas regarder ce que nous y faisons. Il nous imite en prenant un coton et en le passant sur son visage, il brosse ses dents, frotte ses cheveux. Il nous voit tels que nous sommes.

Nous ne nous exhibons pas, mais nous avons l’habitude de déambuler en sous-vêtements dans l’appartement, voire nus. On ne se touche pas « comme un couple » devant lui, mais il sait que j’ai de la poitrine par exemple, cela l’intrigue. Un jour certainement il ne voudra plus me voir défiler ainsi, il ne voudra pas que l’on entre dans la salle de bain quand il se lave. Mais je détesterai avoir un doute sur l’attitude de mon homme envers son fils.

Je ne comprends pas les malades sexuels, les pédophiles. C’est au dessus de mes forces et de ma capacité à être en empathie. Je peux comprendre le meurtre parfois, ou la violence. Mais pas la déviance, encore moins la pédophilie. Ëtre attiré par le corps d’un enfant, cela me dépasse. Ce qui fait naître le désir sexuel, c’est le corps adulte. Une poitrine, des formes, une carrure, une odeur… Un enfant c’est unisexe. Rien ne différencie physiquement un petit garçon ou une petite fille (en dehors de son visage et de son sexe). Pas de pilosité, de muscles, de poitrine, de fesses. Ces malades rodent, on le sait. J’aimerais que cela ne soit pas le cas mais pourtant, certains sont vraiment atteints dans leur conception et ressentent des pulsions. Et nous avons appris à surprotéger nos enfants, par peur…

Je me souviens d’un ami, convoqué comme juré d’assise lors d’un procès en appel. Le prévenu faisait appel d’un premier jugement qui l’avait condamné à 20 ans de prison pour le viol de 15 enfants gardés par sa femme qui était assistante maternelle. Mon pote, l’une des personnes les plus innocente que je connaisse, était bouleversé par les témoignages des enfants et de leur famille, et l’impassibilité du visage du coupable. L’homme a été condamné en appel à une peine plus lourde encore. Bien fait !

Je me souviens d’Outreau, chantier judiciaire complètement raté. La parole des enfants, manipulés par leur folle de mère, avait été prise en compte trop rapidement, trop fort. Des vies avaient été brisées, des personnes jugées « coupables » injustement, qui s’étaient suicidées. Des familles entières décimées.

Je me souviens d’un prof de musique dans mon village natal, accusé par une de ses élèves d’attouchements. Cette fille perturbée avait réussi à convaincre des copains de cours de sa souffrance. Le professeur avait été marié, père de 2 enfants et surtout homosexuel malgré le mariage de façade. Après avoir balayé la vie de cet homme, elle a avoué. Elle avait menti.

Comment pouvons-nous éduquer nos enfants simplement, en sécurité, sans être obnubilé par ces histoires terrifiantes ? Reconnaître la souffrance si elle se présente, se laisser douter si un jour l’enfant prononce une phrase étrange… Mais sans se laisser embarquer dans un mensonge. Mon grand-père avait coutume de dire qu'il fallait élever les enfants "dans l'innocence mais pas dans l'ignorance"...

On sait que parfois les petits usent de phrases ambigües, surtout s’ils voient que nous réagissons trop facilement et de manière disproportionnée… A nous de mesurer notre peur pour qu’elle ne prenne pas trop de place.

Je suis contre la peine de mort. Vraiment. Sauf en ce qui concerne la pédophilie. Je suis convaincue qu’une personne ressentant de telles pulsions ne guérît jamais, qu’elle reste perverse malgré la castration chimique, malgré toute la bonne volonté de l’univers et malgré les moyens que la société mettra pour essayer de la réinsérer. Et je n’ai pas envie que mes impôts financent la vie de ces individus.

Je crois que je suis non-violente mais si un jour on touche à mon enfant, je pense que j’accepterai la peine de prison qui me sera infligée. Et j’ose espérer que je serai soutenue par « l’opinion publique » malgré mon acte inhumain.

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