Lettre à toi, la toute jeune maman

Bonjour,

En ce mardi matin, je voulais improviser un article pas encore rédigé (oui j’ai un peu d’avance quand je manque d’inspiration…) mais une conversation avec une amie m’a fait revoir ma copie. Mon Joufflu va bien, malgré des antibiotiques (3 mois sans, c’était déjà bien) à cause d’une otite énorme (et dégueu, et comme les diabolos ouvrent les vannes, croyez-moi, c’est crado !) mélangée à une rhino et les yeux qui coulent du berk… Et bien sûr à cause des… canines qui sortent ! Je pense que je n’ai jamais autant prononcé les mots « p*** de dents » que depuis ses 6 mois ! –

Lettre à toi, la toute jeune maman

Il y’a encore quelques semaines, tu te voyais fondante d’amour devant le minois endormi de ton bébé calme et souriant. Tu rêvais de montrer au monde comme, chez toi, tout se passe bien. Tu savais que ça allait chambouler ta vie, tu savais que tu allais être fatiguée. On t’avait pourtant repété des dizaines de fois « dors avant qu’il n’arrive », « profite »… Comme si on pouvait accumuler des crédits de sommeil !

Vers la fin de grossesse, tu as voulu qu’il sorte, tu n’en pouvais plus. Là, ta mère, tes sœurs, tes amies t’ont redis de prendre ton temps. Oui elles ont eu des enfants, mais c’est abstrait pour toi. Tu ne sais pas de quoi elles parlent. Et puis tous ces bouquins sur le burn-out... La sage-femme de ta préparation ne t’en a pas parlé. De toute façon, elle n’a parlé que du jour J et de ton séjour à la maternité. Un peu du retour à la maison mais pas grand chose, principalement de l’alimentation. Après tout, cela fait des millénaires que des femmes accouchent, tu devrais t’en sortir.

Et enfin, tu sens que l’instant magique approche. Après un travail plus ou moins long, le voilà ! Il est beau, il va bien (ce n’est pas autobiographique hein… Je pars du principe que tous les bébés ne se font pas opérer à la naissance).

Tu es en pleine béatitude devant un si petit être calme. On te ramène dans ta chambre, tu es fatiguée et lui aussi.

Le plus souvent les premières 24h sont très calmes. Ton bébé se remet de l’atterrissage, toi tu nages dans un océan d’hormones, tu ne dors pas, pour l’observer encore.

Et puis la seconde nuit, c’est n’importe quoi. Tu commences à souffrir de ta montée de lait (que tu allaites ou non). Le cachet pour couper la lactation fait mal à la tête. Et ce petit se met à pleurer. Vraiment !

Il doit avoir quelque chose (c’est à ce moment-là que tu découvres cette sacro-sainte inquiétude qui devrait squatter ton cerveau un bon moment). Tu appelles les sages-femmes, mais elles ne sont pas inquiètes. Elles te disent que c’est normal, qu’il est encore un peu « entre 2 vies », que non, il va parfaitement bien. Ces cris là peuvent atteindre les décibels d’un klaxon directement sur ton tympan et en plus, ils sont amplifiés par des réactions chimiques, hormonales.

Tu es SA mère, programmée par Mère Nature pour sur-réagir au moindre cri plaintif de ton petit. Je ne l’explique pas, ou quand j’ai tentée de le faire sur ce blog, je me suis fait houspillée. Je disais que tu étais un mammifère femelle et que, comme les autres espèces animales, ton « petit » est lié à toi de façon chimique ou magique, peu importe. Quand j’ai dit cela, on m’a dit que nous n’étions pas que des mammifères, mais des Humains (tu as remarqué la majuscule ? Comme si cela signifiait quelque chose de mieux). Pourtant, je vais te faire un aveu, je ne me suis jamais sentie aussi « animale » que dans les premiers mois de mon fils… Et j’ai détesté ça !

Bref, tu commences à tirer sur la corde. Ton bébé à 2 semaines. Il découvre l’inconfort. Il a mal au ventre, ce sont les fameuses "coliques du nourrisson". C’est tout neuf là-dedans, ce n’est pas encore très au point. Donc il se tord et pleure. Et toi tu cherches ce que tu pourrais bien faire pour calmer ça. Calmosine, Eau de Chaux, Bloxair, homéo, ostéo… Tu claques ta paie à la pharmacie… Chaque professionnel/mère/copine (rayer la mention inutile) a un truc miracle qui fonctionne très bien… Chez elle !

Tu le veux le miracle, je vais te le donner là, en exclu : la patience ! Tous ces produits peuvent atténuer un peu. Je peux le prouver, je les ai tous testés. Le seul qui a vraiment fonctionné, c’est les bras de maman/papa/mamy/le voisin et du temps ! Vers 4 mois, ça s’arrête tout seul. Et tu oublies…

Un médecin m'a dit un jour "votre bébé hurle comme si on l'amputait d'un bras sans anesthésie. Si c'était le cas, il hurlerait de la même façon que maintenant. Mais le simple fait d'être en inconfort à cause d'une couche sale qui lui irrite les fesses, de l'acidité dans l'estomac ou une chaussette qui lui serre trop la cheville déclenche exactement le même cri. Il ne sait pas faire la différence". Je n'ai jamais autant vérifié ses chaussettes qu'après ce rendez-vous qui a changé ma façon de voir les choses !

Attends ce n’est pas fini. Certains enfants souffrent de "Reflux". Tous vraisemblablement, à plus ou moins grosses doses.

Ta sœur, ta mère ou ta cousine vont te dire : « Oui le mien aussi il a eu un RGO (Reflux gastro-oesophagien), ça va, c’est pas la mer à boire. Tous les enfants recrachent un peu…". C’est vrai, et c’est normal. Là encore la remontée de l’estomac toute neuve n’y est pas pour rien MAIS… il y’a plusieurs degrés de RGO !

Si tu changes ton enfant 3 fois par jour, que tu n’oses pas le mettre dans les bras des gens qui « craignent » (j’adore les gens qui « craignent » pèle-mèle le caca, le pipi, le vomi…) ou qui n’ont pas d’enfant, si il te sourit et gazouille et qu’à un moment, le biberon d’il y’a une heure s’échappe de sa bouche, s'il ne prend pas de poids et que les médecins commencent à te prescrire des produits « sur ordonnance » pour limiter la remontée… Alors ta cousine et sa goutte de lait post-biberon dans les commissures des lèvres de son petit, c’est du pipi de chat !!!!!

Et ça aussi, je suis désolée de te le dire… Ca passe avec le temps ! Assis puis debout, la pesanteur terrestre va faire son office et coller le lait du bib au fond de son ventre. En plus tu auras introduit du solide et tu auras appris à faire des bibs de béton à peine coulant… Et puis tu vas t’en moquer ! Ca coulera, tu investiras dans des bavoirs Carrouf’ et tu les laveras 3 fois par jour.

Ca va passer… Cet état de nerf dans lequel tu es, cette sensation de rater tout ce que tu fais avec cet enfant, cette peur panique qu’il lui arrive quelque chose, cette question qui résonne dans ta tête « Mais pourquoi j’ai voulu être mère ? Mais qu’est ce qui m’a pris de le vouloir aussi fort ? Je suis nulle, pas faite pour ça, je veux ma vie d’avant... Pourquoi on ne m’a pas prévenue « mieux » ? », ça va passer...

Et puis tu as les « autres », ces mamans qui ont oublié et qui ne voient que la magie de ta maternité toute fraiche. Les copines qui te disent que « leurs enfants ne faisaient pas ça » et puis, "tu lui donnes de mauvaises habitudes à le porter comme ça, tu devrais tenir bon et le mettre dans son lit, même quand il hurle, sinon, il va comprendre et t’emmerder jusqu’à ses 65 ans. Et tu n’aurais pas du céder pour la sucette…"

Alors ça pas contre… Pardon mais, ça ne passe pas ! Ton enfant grandira et tu continueras à entendre que les autres, les saintes amnésiques n’ont jamais eu à élever la voix pour se faire respecter. Fesser ? Non mais ça va pas ! Donner des trucs pas bien pour qu’il avale quelque chose au petit déj' : Jamais ! Que des brocolis bio ! (lol)

Tu as compris, tu es partie pour des années de vie à 3 au pays de la société qui juge, des mois de vomi, pipi, caca pas prévus, embarrassants et parfois tu vas être à bout… Mais au fil du temps, tu vas y arriver et t’y faire. Tu vas oublier comment tu vivais avant. Et un jour peut-être tu auras envie de recommencer, mais tu auras vécu tout cela, tu seras donc (un poil) plus sereine ! Ne range pas ton appart, ne te maquille pas, ne sois pas sexy pour ton homme (il est fatigué aussi), vous vous retrouverez mieux, dans quelques semaines. C'est aussi un truc qu'on lit beaucoup, même sur les liste de valise de maternité : "des slips jetables, des serviettes protection maxi atomique et UNE TROUSSE DE MAQUILLAGE !!!". Ca me rendait dingue !

Et surtout, dis-toi qu’il n’y a pas que toi ! Ca fait un bien fou de s’en rendre compte ! Pour tout te dire, il y’a une chose que j’adore lire (instant confession) : c’est la page Primi et Multi de Famili ! (Tiens j'en ai un, prends 3 minutes pour lire ça).

Dans chaque Famili, une situation de famille classique est expliquée de façon humoristique par les deux camps : la primipare (toi, moi, les mères d’un seul enfant) et la multipare. Le réveil, le départ en vacances, Noël, la visite de ta belle-mère, le dimanche soir, l’entrée à l’école... Toujours drôle et jamais dramatisant. La primipare est évidemment aux petits soins, à fond dans la recherche de la perfection (pas de télé, pas de sucres…) alors que la multi prend les choses de façon plus légère. Elle oublie les vitamines de sa petite dernière, vis dans le chaos de son salon, apprécie les câlins calmes et peut réciter Cars… Cela me rassurait car je me disais qu’un jour je serai comme elle, un peu plus détachée… Et c’est vrai ! Ca fonctionne ! Près de 18 mois après, je suis moins attachée à ces détails qui me faisaient perdre du temps et de la patience.

Accroche-toi, apprends à crier au secours et délègue… Apprécie de reprendre le boulot, d'aller faire les courses (oui oui, faire les courses toute seule, ça a un effet dingue...) sors avec tes copines, va danser, sois une mère, mais pas que !

/PS : cet article est volontairement extrême (quoi que…). Je sais bien que la réalité n’est pas partout comme cela, je sais aussi que beaucoup de nanas s’empêchent de parler de souffrance parce que ça ne se fait pas. Je n'ai volontairement pas abordé le sujet de l'allaitement, trop polémique. Ne me jetez pas des cailloux, reconnaissez-vous si vous voulez, que ce soit du point de vue de la jeune maman, ou de ses copines chiantes ;-) /

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