"Et alors, quand est-ce que vous le faites, ce p'tit deuxième ?"

J’adore qu’on me pose cette question… Ne croyez pas que ça m’agace comme certains qui pourraient répondre « De quoi j'me mêle ? » ou comme les femmes enceintes qui ne veulent pas que l’on approche leur ventre (moi j’ai ADORE qu’on touche mon ventre, et aucun inconnu ne s’y est risqué). C’est juste que je n’ai qu’une envie : c’est de répondre « fais-en un comme le mien, et ensuite on en reparle ».

Vis une grossesse moisie, où ton corps te lâche, pendant laquelle tu deviens un légume qui ne mange plus rien, avec des journées rythmées par les allers-retours aux toilettes, à ne rien vomir d’abord et puis juste ensuite de 24/24h de nausées ininterrompues, d’oreilles qui bourdonnent, au bord du malaise en permanence, à la sur-salivation tout le temps (le symptôme dont personne ne parle mais qui est juste super chiant). Ne te méprends pas, j’ai adoré être enceinte ou plutôt, j’ai adoré avoir mon bébé dans mon ventre, malgré tout.

Vis les annonces tout aussi moisies dés le cinquième mois, à base de « on ne sait pas s’il vivra » ou « dans quel état il vivra ».

Vis la trouille immuable, que rien n’apaise. La possibilité de la Trisomie 21 et ta tête qui refuse, immédiatement, les examens pour la révéler (ou pas). 4 mois de possible Trisomie 21 et malgré ce que je peux lire en ce moment sur le sujet (vous avez lu ça, c’est pas le plus beau coup de gueule de l’univers ?), ça reste un truc que je ne PEUX pas envisager aujourd’hui. Oui c’est paradoxal, mais sur l’instant, j’ai été tellement catégorique…

Vis l’accouchement compliqué pendant lequel tu sais bien qu’il faut qu’il sorte mais, inconsciemment, tu ne veux pas, donc ton corps bloque.

Vis cette rencontre du 3ème type, planante, irréelle et pourtant déchirante quand on te dit « on va l’emmener maintenant ».

Vis ces heures d’opération, puis ces semaines hors du temps, assise sur un tabouret roulant 12h par jour devant une couveuse (détail important, quand tu viens d’accoucher, je ne te fais pas un dessin).

Vis ces foutus 10 jours en kangourou, avec ton bébé certes, mais aussi sa sonde qui sonne toutes les heures, le début du RGO, les « suites classiques de l’opération » et ce gosse qui a faim…

Vis ces diagnostics : « pas de syndrome de Kartagener ! » (ouf, c’est un synonyme ou presque de mucoviscidose) et « il y’a bien des rates, mais on ne sait pas trop quoi en faire ».

Vis ce retour à la maison (je sais tout le monde appréhende déjà) avec la sensation de nullité qui ne te quittera pas avant un bon moment.

Vis tout cela… et reviens me parler du petit deuxième !

Parce que ce jour-là tu seras comme moi. Avec les hormones qui grattent, c’est normal il parait. Mon fils grandit, il change, n’est plus un « bébé » mais devient chaque jour un peu plus un « petit garçon ». Et puis les copines qui te mettent dans les bras des bébés tous neufs et si calmes (mais ça aussi c’est normal, ce n’est pas le tien). Et donc je suis une femelle, ça fonctionne et parfois, je me vois avec un autre gros bidon. Très vite, je reviens à la réalité. Je ne parle pas de contingences financières, matérielles ou quoi que ce soit d’autre qui soit « raisonnable ». Je parle de la trouille.

La trouille de refaire « le même ». Sauf qu’avec Joufflu on a eu une chance insolente que, malgré tout, il aille bien. Très bien même… Mais si j’en fais un autre (oui je sais, on dirait que je parle d’un objet, je dépersonnalise), il y’a des risques que tout cela recommence. Et même en pire parce qu’on risque de me parler d’amniocentèse sans même avoir un doute, juste pour ce rassurer. En pire parce que tout ce que je voudrais moi, c’est la grossesse jolie, avec un stress normal de femme enceinte. Je suis même prête à gerber à nouveau tiens, si ça pouvait m’enlever la boule dans le ventre qui apparaît quand j’y pense, d’avoir peur avant même d’être enceinte.

Et puis là, je ne suis plus seule. On était 2 à l’époque, 2 adultes. On l’avait voulu ce bébé, on a pris ensemble les merdes qui gravitaient autour. Mais si demain, je remets ça, on est 3. Et le Joufflu a besoin de ses parents. Il a besoin d’une maman qui peut le porter sans vomir, qu’elle ait une tension décente, lui permettant de rester debout. Il a besoin de parents qui ne se font pas un sang d’encre avant les échos, il ne comprendrait pas. Il a besoin de parents solides, ne serait-ce que pour compenser un peu les semaines (les mois) pendant lesquelles on s’est sentis « fragiles » face à lui et ce qu’il représentait. Et puis j’ai aussi un jules adorable. Qui a super bien géré pendant le tsunami mais là, il n’est pas prêt. Il dit qu’il veut recommencer oui, mais pas maintenant. Moi j’ai les hormones qui parlent (et parfois plus fort que mon cerveau) mais lui, il a dérouillé aussi… Et il demande du temps. Du temps pour profiter d’un petit mec à qui il veut montrer un peu le monde, en le gardant dans cette position de « fils unique » (pourquoi ce serait mal d’ailleurs ?) avant de lui expliquer pourquoi ça pourrait être génial d’être un grand frère.

On se dit qu’on a le temps. On se dit qu’on y repensera quand on fera l’inscription en primaire du grand Joufflu. Je suis convaincue qu’il n’y a pas de « bon écart » entre 2 enfants. J’ai presque 4 ans d’écart avec mon frère et on ne peut pas parler de fusion. Je connais des fratries très rapprochées qui s’entendent très bien, et d’autres qui se détestent. Idem pour des écarts plus importants. Je me dis que si le grand est « grand », il peut jouer son rôle, le prendre à cœur, le vouloir aussi et préparer son arrivée. Oui il faudra se replonger dans les couches, le vomi… Mais je suis certaine que ce sera différent, que je serai une mère différente. Certainement plus à l’écoute de mes envies, de mes choix. Et surtout super bien épaulée par mes 2 hommes.

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