Et merde !

Je ne fais pas un 38. Ni même un 40… Ce qui est drôle c’est quand on parle de soi en disant « grosse », les gens te disent automatiquement « Mais non !!! T’es pas grosse arrête… Tu te vois plus costaud que tu ne l’es… ». Mais dés qu’une nana un peu potelée les insupporte « c’est une GROSSE conne ! T’as vu comme elle a grossi ?? ». Ca me fait rire en général. Il n’en reste pas moins que je suis objective sur l’image que je renvoie et que je n’utilise que rarement le terme « ronde » pour en parler. Je ne me fais pas draguer toutes les 20 secondes, je ne m’aime pas tout le temps, je ne me trouve pas « jolie » à chaque instant de la journée. Mais je serai curieuse de savoir si même la plus canonissime des mannequins se mate 36 fois par jour en se disant comme elle est parfaite.

Bref… La semaine dernière je donnais mon avis à une réunion de consommateurs. Cela me fait beaucoup rire de faire ça, j’en ai fait une bonne cinquantaine depuis 10 ans. C’est très bien payé face au minuscule boulot à faire, j’ai testé des trucs drôles, parlé de déo, de légumes, de magazines, de protège-slips, de petits pots pour bébés… Lundi dernier c’était le thème « boissons ». Nous voilà 8 personnes d’horizons différents en plein débat sur l’image de telle ou telle catégorie de boissons. Les sodas, les sirops… L’idée est de donner son avis sur l’image des personnes qui boivent cette marque, ou celle-ci. A côté de moi, une jeune maman de 2 enfants, 34 ans, maigre (pas mince hein… Maigre !! Genre mannequin pour Yves Saint-Laurent…)

Elle se présente en parlant de sa consommation de boissons (on était là pour ça…) et dit que ses enfants n’ont que de l’eau (6 et 3 ans), pas de sirop, pas de jus de fruit, c'est trop sucré. Et elle des boissons light, pas de bulles… Son truc préféré ? Le Ice Tea light.

Je ne la juge pas, elle fait bien ce qu’elle veut. Dans un petit coin de mon crâne, je pense quand même à ses mômes, et je revois le mien tellement fier quand on lui prend une grenadine au marché le samedi avec une paille !

On en vient à définir ensemble qui boit quelle boisson (au sens global du terme, quelle catégorie de personne boit ceci ou cela). Le Coca ? Les ados de moins de 18 ans (et là j’ai la vision de mon frère ou de la blondinette marraine de mon fils, tous les 2 autour de la trentaine qui boivent goulument plusieurs canettes par jour). L’Oasis ? Les enfants de moins de 10 ans (et là je revois les soirées raclette que l’on se faisait il y’a quelques années avec une amie pendant lesquelles on mixait vin blanc et Oasis « comme des enfants »). En général, je rentre dans le moule et je me tais. Je travaille dans un secteur qui m’interdit de participer à ces réunions et je connais bien le métier de celui qui est « derrière le miroir sans tain ». Je ne m’emballe pas, je participe, je me marre intérieurement…

Et on en arrive aux sodas ! La famille entière des sodas (Schweppes, toutes les variétés de Coca, de boissons sucrées…). Et là ma voisine s’enflamme ! Pour elle, ceux qui boivent ça sont « les gros, ceux qui ne font pas attention à eux ». Et là, j’aime les humains mais vraiment très très fort, tous les regards se tournent vers moi… La grosse !!!

J’ai souris, j’ai juste informé que quiconque pouvait venir ouvrir mon frigo, il n’y trouverait aucun de ces produits, sauf quand des amis qui en boivent viennent (mon frère, la marraine de mon fils…). Il y’a du jus de fruits, des eaux aromatisées, du Pulco mais pas de sodas, sauf peut être 3 vieilles canettes de Coca Zéro qui squattent depuis un moment. J'ai ravalé la claque je venais de prendre, je me suis redressée.

Pourquoi forcément le gros est celui qui bouffe au Mac Do à tous les repas, qui ne prend pas soin de lui, celui qui à peine fini 2 hot-dogs au petit déjeuner, descend s’acheter des beignets et revient végéter devant sa télé ? Peut-être que pour certains, le surpoids est venu comme ça. Mais on pense aux nanas qui se piquent pour tomber enceinte et qui prennent, pour certaines, pas loin de 30 kg en 1 an ? On pense à cet homme marié et heureux qui voit sa femme mourir un dimanche midi à table, devant ses enfants et qui se retrouve seul à devoir tout gérer ? On pense à tous ceux qui souffrent de troubles alimentaires à cause de ces regards inquisiteurs ? Comment on fait quand génétiquement, on est programmé pour être plus fort que la moyenne ? Comment on fait quand on entend invariablement la copine ultra mince dire « je voudrais bien grossir un peu, je fais anorexique… Alors que je tombe un kilo de Nutella par semaine ! » ?

Mais avant que vous ne pensiez que je me plains d’un truc que je n’ai pas cherché, je vais vous confier un secret… Je suis une foutue gourmande ! Dans ma famille, la bouffe est un moyen de communiquer. Ma grand-mère qui avait crevé de faim pendant la guerre prenait un malin plaisir à nous dire « C’est pas bon ? C’est pour ça que tu ne finis pas ? ». Pour elle, ne pas manger, c’était lui dire qu’on ne l’aimait pas. Les personnes qui ont connu la faim se classent en 2 catégories. Il y’a ceux qui sont restés marqués et qui mangent comme si l’hiver avait tout gelé et qu’ils n’avaient pas d’argent tandis que les autres conjurent le sort avec du beurre et de la crème ! Ma grand-mère était comme cela… Sa maman (mon arrière grand mère) était tout l’inverse. Elle mangeait car elle savait que son corps avait besoin de carburant. Elle est morte « en bonne santé », maigrichonne à 92 ans (43 kg). Elle s’en fichait que ce soit bon… J’aimerais parfois être comme ça.

Mais je ne le suis pas. Moi j’aime quand les plats sont bons. J’aime la viande, les gâteaux, les pâtes aussi (mais super bien préparées, et pas au beurre simplement). Les fruits viennent du marché, les tomates goût « eau » ne m’interressent pas, les promos Aldi pour avoir 30 mauvais yaourts pas chers non plus. J’éduque mon fils dans cet esprit là. Mais ca ne veut pas dire qu’on ne peut pas se régaler d’une ratatouille…Le problème, c’est que quand j’écris ces dernières lignes, je sens bien que « je l’ai bien cherché ». Si je ne mangeais que des courgettes à l’eau, mathématiquement, je perdrais du poids bien sûr. J’admire celles qui se lancent pendant des années dans des régimes sains (oui j’exclue tout de suite les régimes pourris du genre Dukan, la semaine du bouillon de poireaux…). Le seul qui ait grâce à mes yeux s’appelle Weight Watchers. Je l’ai tenté plusieurs fois. Mais j’ai plusieurs freins.

Je ne suis pas ermite pourtant mais je n’ai pas aimé le concept de groupe qui se retrouve… Et puis le vrai problème c’est le long-terme (ne vous enflammez pas, j’ai bien compris que c’était la clé). Le vrai souci, c’est que je vais beaucoup au resto. Et parfois dans des bons… Comment voulez-vous que je commande du flétan vapeur quand sur la carte il y’a des plats à tomber par terre ? Comment faire pour ne pas répondre « oui » à la question « un dessert ? » ?. Et puis dans le Sud ne pas prendre du rosé avec des olives, c’est considéré comme une insulte… Je n’allais quand même pas risquer ma vie alors j’ai trinqué…

Ce que je veux dire c’est que, sans le regard maltraitant des autres, on se prend assez la tête soi-même quand on est « grosse », à grands coups de culpabilité, de regards dans la glace qu’on détourne rapido… Alors quand l’autre, qui ne te connait pas depuis 15 minutes te juge sans savoir, c’est désarmant, ça fait mal…

Je ne la jugeais pas méchamment avant qu’elle ne le fasse. Mais maintenant Morue, viens danser avec moi 6h d’affilée dans une ambiance surchauffée (plus de 40 degrés, pas loin de 250 personnes qui dansent) samedi soir dernier. Viens voir si, au bout de ta sueur, tu vas quand même t’asseoir parce que tu n’en peux plus. Parce que moi, je ne me suis pas assise. J’ai sué des litres, j’ai ri, j’ai tourbillonné, sauté et hurlé lorsque la DJette a balancé les Spice Girls. Toi il aurait fallu que tu fasses attention à être belle et la transpi, c’est pas sexy. Ca ne t’aurait pas plu, ils ne servaient pas d’Ice Tea light…

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