By night

// On est bien d'accord que ce blog est ma thérapie hein ? //

Vous faites des cauchemars ? Moi oui, des tonnes. En fait je crois que je rêve beaucoup et depuis petite, je me souviens souvent de beaucoup de choses...

Parait que c'est la soupape de l'inconscient et que ça travaille la nuit pour te permettre de te concentrer sur autre chose le jour. Je ne sais pas vraiment comment ça fonctionne mais je peux vous dire que, chez moi, ça marche très bien !!!

Alors forcément c'est lié à l'actu... Quand tu es à 3 semaines d'accoucher, tu rêves que tu accouches n'importe ou. Dans mon cas, c'était plutôt dans une salle de mon collège, pendant un cours d'histoire géo... Le prof faisait son cours, moi j'étais allongée sur une table devant, les autres élèves écoutaient et moi j'accouchais, nue, seule, devant tout le monde. J'ai aussi eu la barque au milieu du Rhône, sans rame, nue et avec mon mec sur la rive qui m'appelait. Sur le coup je pense qu'il ne faut pas trop chercher et que Freud lui-même m'aurait dit d'arrêter de cogiter. Trop compliqué, trop de détails, impossible à classifier !

Il y'a aussi ces rêves qui, depuis l'enfance, reviennent régulièrement. Cette vision d'une pièce trop grande et de moi minuscule au milieu, assise, incapable d'en voir les contours. Plus qu'une image, c'est la sensation dans ce rêve le problème. L'oppression, le vide... Paradoxal. Depuis quelques années, je ne laisse porter et je n'essaie plus de m'en échapper. Je sais que je suis près du réveil donc j'attends. Ou bien celui "des sorcières". Bien bien vieux celui-ci et régulier aussi ! Je suis dans une cage toute petite et des mains "de sorcières" essaient de m'attraper. Elles n'y arrivent jamais, je me réveille avant. Ce qui est fou c'est que quand la scène se met en place dans ma tête je pense "oh non pas ce rêve, faut que je me réveille". Je dois quand même avoir un peu de lucidité...

Il y'a les rêves épuisants. Ceux pendant lesquels on fait 1000 choses différentes. Cette nuit j'étais dans Paris, entre le boulot, mon fils, et la FNAC, sous la pluie. Et c'était Fort Boyard avec des épreuves et tout le toutim. J'enchaîne des séquences de 2 minutes et je finis épuisée, je n'ai pas fait ce pourquoi j'étais là au départ, et je me réveille avec une bonne grosse sensation d'inachevé.

Sinon, il y'a les cauchemars de mauvais souvenirs, ils sont moisis ceux-là ! Comme le départ de Joufflu pour le bloc alors qu'il n'a que 20 heures. La même scène, encore et encore... Ou cette petite fille en Inde (un jour je prendrai le temps de vous raconter mon expérience indienne, inoubliable, perturbante, mais unique).

Petit cours d'Inde en accéléré.

Les dieux indiens, c'est les Feux de l'Amour mais version Bollywood, donc plus compliqué. Chaque dieu a plusieurs représentations, dont un animal, à qui les gens se confient et qui va transmettre au dieu qui est peinard ailleurs. Vishnou est un aigle. Donc pour prier Vishnou on construit des temples pour lui et pour toutes ses représentations, y compris les aigles (ça va ? On a perdu personne ?)

Les aigles volent très haut alors dans le sud de l'Inde, ils ont construit un temple qui culmine pour mieux se rapprocher de ce dieu (et des aigles donc). La légende veut qu'on soit en haut à midi pile, car l'aigle sacré y atterrit pour le dej, enfin pour prendre les message pour son dieu et retourner à Varanasi (Bénarès, la cité sacrée par excellence, au bord du Gange) et transmettre les doléances... C'est pas comme si il faisait 50 degrés et un taux d'humidité de 80% à 8h du matin. Non les indiens eux, ils veulent que tu gravisses la montagne pile quand il fait une chaleur à crever !!! Sympa... Ah oui, parce qu'en fait, il s'agit de monter 550 marches en pierre en plein soleil, et pieds nus, sinon c'est pas drôle...

J'étais en Inde avec ma petite mère qui a préféré se jeter une noix de coco en bas en m'attendant pendant que je me lançais, fièrement (enfin au début!). J'ai donc commencé à monter tranquillou, et ne croyez pas que les marches étaient toutes bien droites genre l'escalier de chez vous ! Non non... Des grosses, des petites... Impossible de prendre un rythme ! Au bout de 200 tu es cramée et tu n'en vois pas le bout ! C'est le but, il faut se dépasser, se prouver qu'on peut le faire... Comme dans toute épreuve quoi. Je monte, je monte... Et puis finalement j'arrive en haut. Temple minuscule, vieux mendiants (méritants quand même, faut monter !!). Je rentre, je vois la micro statue (je vous raconterai les micros-statues aussi promis). J'allume l'encens, on me fait un bindi avec de la poudre de santal... Ça sent l'Inde, c'est l'Inde. Je fais 3 photos du panorama, j'attends 10 minutes l'aigle sacré (qui n'est pas venu, je pense qu'il avait trop chaud !) et je me dis que je vais redescendre. Que ça va être 30 fois plus facile... Mouhahaha ! Erreur... C'est pire la descente bien sûr !!

A mi-parcours, je suis cuite. Il n'y a personne, ou presque. Derrière moi, 50 marches plus haut, j'entends une famille indienne qui discute. Ils sont une quinzaine. Ils sont beaux. Je m'adosse au rebord, j'ai chaud et je les observe. Et soudain, une fillette de 2 ans débaroule. Je ne sais pas comment c'est arrivé mais, comme dans un ralenti, je la vois partir, je vois ses parents essayer de la rattraper mais ils n'y arrivent pas. Son petit corps dévale les marches... C'est très large mais on dirait qu'elle glisse vers moi, pile dans mon axe.

J'entends son crâne taper sur la pierre... Une fois, deux, trois... Trop ! Je ne sais pas comment mais j'arrive à l'attraper quand elle arrive sur ma marche. Elle avait un élan fou, qui m'a déstabilisée, j'aurais pu tomber avec elle, le temps s'est arrêté. J'ai juste entendu sa maman hurler en hindi et j'entends son père et ses oncles courir vers moi. Pendant 25 secondes elle est contre moi, telle que je l'ai arrêtée, dans une position étrange, la tête contre mon cou. Je n'ose pas la reculer pour voir son visage. J'ai peur d'y voir sa frimousse en miettes. Les hommes arrivent, ils la prennent. Je ne dis rien, je ne sais pas ce qu'il faudrait que je fasse... Sa mère arrive, elle l'attrape et la serre. La petite a les yeux ouverts, elle est consciente. Elle saigne, ses grands yeux noirs sont dans le vague mais elle respire. On s'affaire autour d'elle et je me recule. Je suis à 3 mètres de l'agitation, d'autres personnes arrivent. Une dame âgée viendra me remercier. Elle embrassera mes mains et me saluera, les deux mains jointes devant son front. Je crois que je suis repartie, je ne parle pas leur langue, je sais que c'est grave, je sais que malgré ses yeux ouverts elle ne doit pas aller bien. C'est difficile d'être spectateur dans un moment pareil. Alors j'ai repris ma descente. Je ne suis même plus sûre que je l'ai vécu de cette façon "en vrai". Je les ai observé de loin, l'enfant dans les bras de sa mère, la foule autour. La descente m'a pris beaucoup de temps. Arrivée en bas, ma mère constate que j'ai du sang sur mon t-shirt. Je lui ai expliqué vaguement, elle s'est inquiété. Nous avons attendu mais jamais nous n'avons vu arriver cette famille.

Souvent je me demande ce qu'il est advenu de cette enfant. Son visage, comme ceux de nombreux autres enfants indiens, est gravé dans ma tête. Pendant longtemps je n'y ai plus pensé jusqu'à ce que le bruit de ce crâne contre les pierres millénaires me surprenne dans un rêve. Et depuis c'est régulier. C'est lié à ma fatigue et à mon stress. Je revis cette chute longue et bruyante en fin de nuit... Je n'en ai jamais trop parlé, les gens "craignent" le sang ou les histoires de ce type. Moi je m'en fiche, je la sens encore contre moi et je donnerai cher pour savoir ce qui s'est passé ensuite...

L'Inde je vous raconterai une prochaine fois, ça prend du temps à résumer. Mais mes souvenirs de ce pays sont inoubliables, et celui-ci est en tête !

(je n'ai trouvé que cette photo du temple... Il n'est pas très connu apparemment !)

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