20 mois

Je me rends compte que je vous raconte les progrès de mon Joufflu tous les 2 mois. Il vient d'avoir 20 mois, mon dernier article sur "son cas" date d'il y'a 2 mois, "it's time to" remettre ça !!

Il fait quoi au juste le bébé (grand) de 20 mois ? Il fait la même chose qu'à 18, mais en mieux.

Il marche mieux, il court, il recule, il danse, il fait des kilomètres autour de la table en faisant la pieuvre et en criant comme le dindon (oui oui, c'est un peu saoulant... Et surtout si quelqu'un connait la choré et sait d'où cela peut venir, je suis preneuse). Il tape dans un ballon, le lance en visant, et hurle "Buuuuuuutttt" comme un commentateur brésilien déchaîné ! Il escalade, se vautre, chougne et recommence... Il a l'air plutôt normal de ce côté là !

Le repas est aussi un moment à double tranchant. Soit il est calme et ça se passe bien, il sait désormais bien dire quand il n'en veut plus (rapport à sa chirurgie qui nous a un peu enquiquiné sur la question de la satiété), soit c'est la guerre car il est trop fatigué, qu'il veut tout faire seul mais n'y arrive pas... Il mange comme nous à 100 % sauf quelques soirs où on a la flemme de faire des légumes "bien comme il faut" et on a un stock de petits pots parfaits et surtout, prêt à l'emploi !. Le midi, que de la nourriture d'adulte, le 4h, comme un grand et le soir, légumes et fromages /dessert. Le seul hic finalement, depuis bientôt 1 an, c'est le petit déj. Ca se complique déjà quand le bébé ne veut plus de lait (très tôt pour Joufflu !). On a tout essayé. Cacao froid ou chaud, lait fraise, lait bizarre... Dans un verre, une gourde, avec une paille... Que dalle ! Il goûte, se rend compte de ce que c'est et nous dit "non". Impossible alors de lui faire rouvrir la bouche. Il a donc un fruit (banane, abricot...) qu'il veut manger seul (!), un morceau de brioche ou une biscotte..., un yaourt (qui peine à passer) et du jus de fruits. Et le dimanche parfois, un croissant ou un pain au chocolat. J'envie vraiment les biberons du matin jusqu'à 3 ans !

Il est plutôt attentif aux autres, et je crois que la crèche y est pour beaucoup. Les puéricultrices m'ont toujours dit qu'il était toujours inquiet pour les bébés et on s'en rend compte lorsqu'il en croise. Si l'enfant pleure, il vient nous chercher ou reste à côté en lui tenant le front, ou en lui faisant les bisous. Il a passé la soirée à veiller sur le fils de copains qu'on avait allongé un peu à l'écart de nous (2 mètres) pendant que l'on mangeait ! C'est assez rigolo... J'ai hâte de le voir devant les jumeaux qui ne vont pas tarder à arriver chez des amis.

En fait les gros changements ces temps-ci se situent principalement dans le langage et dans la compréhension... Même si je ne doute pas qu'il n'a pas tout pigé d'un coup, d'un claquement de doigts, je pense que ces deux derniers mois sont à retenir pour sa capacité à observer et imiter, et surtout à engranger une quantité folle de nouvelles informations. Il compte jusqu'à 2... Oui oh ça va, ce n'est pas grand chose, mais c'est rigolo. Il prend 1 puis 2 abricots et vous regarde, le pouce et l'index écartés, en disant "2". Des centaines de fois par jour (les sucettes, les doudous, les miettes...). Il répète absolument tout ce qu'il entend et commence à s'intéresser à nos mots. On en arrive donc à une question fatidique : les gros mots. On a vite fait de lâcher un "putain" et il capte. Je suis partisane d'un effort adulte donc pour réduire notre "conso de gros mots" mais sans pour autant les interdire ou les pointer du doigt lorsqu'ils sortent. Ca ne ferait que mettre la lumière dessus et les rendre sacrément intéressants ! Donc on explique que c'est un mot de grand et qu'il ne faut pas le dire, que ce n'est pas bien.

C'est un peu comme le fait de nommer une interdiction. Vous savez on dit "ne fais pas ça". Genre : "ne touche pas à cette prise". Je me rendais compte que, quand je disais cela, il le faisait automatiquement. On se demande s'il y fait exprès, s'il cherche. Et puis un jour j'ai lu que les petits ne comprennent pas la négation. Donc il comprenait les mots "touche" et "prise". Bon enfant, il fonçait faire ce que je lui demandais. Et ne comprenais pas pourquoi il se faisait disputer après... Je fais super gaffe à ne pas refaire ce genre de boulette.

Enfin voilà, on passe nos journées à apprendre, tous les 3. Lui de la vie, du monde, des règles, des grands... Et nous de lui !

Sinon ? Bah c'est le mois d'août... Et donc le mois d'août, depuis 2 ans c'est moisi. Je me reprends en pleine tête tous les rendez-vous pénibles de cette grossesse épique. Le 9 août dernier, je me suis retrouvée en larmes alors qu'il dormait, tranquille. Je le regardais et là, bing ! Tu pleures !

Tu pleures parce que, malgré le fait que "tout va bien", j'ai failli avorter de ce bébé (quand même). Le 9 août, c'est dur. Et je pense que ça va durer un peu... Toute la vie ! C'est le jour de cette écho moisie, à base de "rien n'est normal". (En relisant cet article, je me rends compte que mon inquiétude à ce moment précis était assez light. Sonnée mais pas terrifiée. On allait en savoir plus, mais pour l'instant, on avait pas beaucoup d'infos). Mais le pire c'est le 19 août, avec cette greluche d’obstétricienne qui m'a dit que "l'IMG, c'était une bonne solution". Et puis le 29 aussi, jour où j'ai rencontré mon super diagnosticien. Il nous a tout expliqué, il est entré dans nos vies et on s'en souviendra toujours. Il n'avait pas de bonnes nouvelles mais c'était un mec bien. Il a expliqué, traduit, pris en charge cette grossesse unique et compliquée... Même si le 29 août ce n'est pas ma date préférée, ce n'est pas la pire.

Je discute fréquemment avec une jeune femme, maman depuis 3 mois. Enceinte, elle a su que son fils avait une pathologie cardiaque bien merdique et qu'il allait être opéré à la naissance. On a pas mal échangé. Je me sentais proche d'elle et de ce qu'elle vivait (et de ce qu'elle allait vivre). Récemment, son fils a eu 3 mois et "il va bien". C'est là qu'elle a commencé à dérouiller (ça ne vous rappelle personne ?). Elle a publié un article magnifique, sur toutes ces choses qu'elle n'a pas eu. Ces instants irrécupérables que ne connaîtront jamais les mamans comme nous.

Je lui ai dit la vérité. Ça s'atténue, mais ça ne disparaît jamais. Ou alors dans longtemps... Peut-être... Ce sentiment d'injustice, ces images uniques et douloureuses, ces instants étranges, on les voit moins souvent mais ils sont là et ils surgissent de temps en temps. Tant pis, je pense que de toute façon, on a pas le choix. Ils sont un moment de notre vie. Et pas n'importe lequel ! Ils conditionnent notre rapport à notre enfant, notre rapport aux autres, notre vision de la maternité, que l'on espère une prochaine fois sereine. Mais personne n'y croit.

Il faut malgré tout du temps, pour que l'on sente ces détails s'éloigner, se flouter. Jamais totalement... Ils sont dans nos têtes et dans nos corps, dans les cicatrices de nos enfants, qui sautent aux yeux ! J'en prends conscience régulièrement, lorsque je ne peux détacher mon regard de ce trait de scalpel sur ce ventre, ou quand je le porte et que ma main sent son cœur, à droite...

Comme elle le dit si justement : "Je crois que cette douleur que je m’accorde, ce besoin de pleurer, d’avoir pitié de ce que j’ai vécu, s’appelle prendre soin de soi."

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