En prenant de l'âge

Je vieillis... Bon alors ça vous allez me dire que c'est logique. Mais alors que dans ma tête je me suis arrêtée à 25 ans (pour de vrai hein ! C'est l'âge qui sort dans mon esprit quand on me le demande. Je réfléchis 20 millièmes de secondes avant d'ajouter quelques printemps supplémentaires), je prends de plus en plus conscience que je change... Déjà, en mal, je dirais que je déguste plus qu'avant après une grosse soirée. Je fais plus attention à certains détails de ma peau, j'ai de plus en plus de cheveux blancs... Mais je ne fais toujours pas de couleurs ! Je suis plus sage. Je compense quand je me couche tard, j’éteins la lumière plus tôt le soir, je suis plus fatiguée. Je n'occulte pas le fait d'avoir été enceinte ni l'arrivée de Joufflu dans nos vies mais je sens bien que je suis cuite plus vite.

Mais à l'inverse, j'assume mieux ! Je vis mieux ma "ligne", je vis mieux mes addictions (au chocolat notamment)... En fait le regard des autres m'atteint moins. Il m'atteint toujours. On ne lutte pas contre sa difficulté existentielle en l'ignorant du jour au lendemain, alors que cela fait 30 ans qu'il conditionne un regard. Il m'importe, mais je vis mieux avec les critiques. Pas partout...

J'ai toujours beaucoup de mal à accepter une critique professionnelle. Et Dieu sait qu'en ce moment, ça me ferait pourtant du bien de les ignorer. Quand on critique mon travail, je suis remuée. Je n'aime pas, j'ai l'impression que ma personne tout entière est remise en cause. Pourtant, le fait de l'écrire est nouveau et j'admire de plus en plus ceux qui s'en détachent. On m'a pourtant répété que le travail était un moyen de vivre, de financer sa vie, la vraie. Celle d'avant et d'après les horaires de bureau, celle des week-ends et des vacances. Et pourtant, je m'implique (trop) et je suis touchée lorsque ce n'est pas reconnu ou nié (c'est pire !!).

La naissance de mon fils et les complications autour m'ont pourtant permis de me prouver que je n'étais pas une sous-daube. Il y'a ce blog déjà, thérapeutique et essentiel, qui fonctionne bien (merciiiiiiiiiiiiiiiii à vous !!). Il y'a ces amitiés nouvelles qui me font croire que je ne suis pas si bête ou si antipathique. Il y'a de nouvelles envies, de nouveaux objectifs personnels. Des rêves encore et toujours. Et puis il y'a mes quelques piliers pro/perso qui me soutiennent que, si les gens ne voient pas un peu de valeur dans ma personnalité c'est qu'il ne savent pas voir. Celles qui me rappellent que soit on m'aime, soit on me déteste. Et c'est une réalité. J'ai conscience que je suis excessive. Bien ou mal peu importe, on ne se change pas.

Je suis excessive car quand j'aime, j'adore et quand je n'aime pas, je déteste. Et je suis transparente ! La personne en face (sous réserve qu'elle possède 2 neurones) s'en rend compte rapidement. Et comme je l'ai appris à l'école, les sensations ressenties font partie du message. En résumé, si je ne te semble pas parfaite et que tu me le fais sentir, je te fais sentir que tu me déplais, du coup tu me rejettes encore plus... Et ainsi de suite !

Je ne remercierai jamais assez ma mère de m'avoir appris à ne pas sur-estimer un emploi, et à user du CDD sans vergogne. Elle a aussi essayé de m'apprendre à ignorer le regard critique infondé mais je galère... ("ignore-les, celles qui t'embêtent à la récré...")

En ce qui concerne mon avancée en âge, je constate aussi que le paraître a toujours de la valeur à mes yeux mais que ma conscience de la valeur des choses est aussi plus aiguisée. Bien sûr que certains objets me font de l'oeil, et que je pense souvent qu'un jour, alors que je toucherai une prime exceptionnelle, je n'achèterai pas des radiateurs (ce que j'ai fait récemment) mais plutôt un sac ou un bijou qui m'a tapé dans la rétine ! Pour Noël sinon... Mais là aussi, quand vient le temps du choix, je suis plutôt attirée par "des sous pour faire quelque chose, partir quelque part" que par des pompes (budget non défini mais qui régulièrement en prend un coup, parce qu'il y'a une promo de malade... Se référer à mon Instagram pour visualiser l'ampleur des dégâts...). Bien sûr que je reste futile. Bien sûr que nous aimons aller au resto et que nous pouvons lâcher des sommes assez importantes pour découvrir tel ou tel chef alors que super Mamy gère notre Joufflu ravi. Mais ce n'est pas régulier. Dans l'ensemble, l'achat de notre appart nous a rendu plus "observateurs" et surtout, plus pauvres ! Régulièrement, on se demande combien de mètres carrés nous appartiennent "vraiment".

Je suis aussi plus attentive à ma présence pour les autres, que je distille avec parcimonie selon les besoins de chacun. C'est égoïste et parfois injuste. Mais je me justifie moins. Et puis, nous avons plein de choses à faire découvrir à notre petit lapin...

Je pose des RTT d'égoïste, que je passe entre chez moi et ailleurs, entre shopping, replay et sorties. Je vais plus souvent manger seule, je suis même allée au cinéma seule ! Pour moi, la bonne gémeaux qui déteste normalement rester seule avec moi-même, je découvre que j'en ai besoin. Et que j'apprécie.

Ma reprise du travail me fait aussi bien plus apprécier de retrouver mon fils, à qui je pardonne plus de bêtises ou de "remuage" parce qu'il me manque ! Oh loin de moi l'idée de penser qu'auparavant il ne me manquait pas, mais ce n'était pas pareil.

Je suis aussi plus encline à laisser mon fils exister sans moi... C'est parfois délicat car ça peut passer pour de l'indifférence (comme lorsqu'il hurlait d'un caprice hier matin au supermarché et que, comme prévu, les regards dévalorisants des « autres » parents, grands-parents… me sont tombés dessus pour la première fois), alors que cela n’en était pas. Je n’allais pas non plus lui en coller une, et même si je sais que l’indifférence l’énerve et pouvait le faire crier encore plus fort, je commence à faire en sorte de ne pas me laisser déborder par SES envies. Je tente de lui apprendre qui commande, mais c’est assez difficile en public, car on voudrait qu’il soit « sage », et qu’il « reste tranquille ». Zobi, je l’ai sorti de force du supermarché, et soudain il a vu un avion dans le ciel et a instantanément oublié pourquoi il pleurait…

Bref, je vieillis. Je m'assume presque un peu mieux, je vis mieux l'inquisition de la société, le regard des autres sur mon rôle de parent… Il ne me reste plus qu’à me battre contre le sentiment d’injustice mais là, c’est trop de boulot pour l’instant !

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