De l'infertilité à la néonat... la rencontre !

Il y'a des gens dans ce monde qui pourraient n'être que de passage... Mais qui finalement prennent de la place et deviennent de petites perles à côté desquelles vous auriez pu passer sans les remarquer.

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14 décembre 2013

Alors que le Joufflu tout neuf est né, hospitalisé et opéré depuis 5 jours, il peut quitter le service de la "réa" néonatale si difficile pour rejoindre les soins intensifs. Vu sous cet angle, cela ne doit pas paraître bien joyeux mais détrompez-vous, on va pouvoir le prendre dans nos bras, et surtout on va l'entendre. Il n'a plus de tube pour respirer à sa place et donc va pouvoir s'en donner à coeur joie. Tout comme ses petits voisins.

D'ailleurs, lorsque nous arrivons dans cette nouvelle salle dont le protocole est quasiment identique (vous devez être super clean pour franchir les portes, je vous le racontais ici), nous ignorons que nous allons rencontrer des gens qui vont devenir "importants". D'abord il y'a les parents de Sumo, qui sont là depuis 3 mois et qui vont prendre le temps de jouer les guides touristiques. Nous les 2 mamans, allons rapidement sympathiser, pleurer et rire dans ces quelques mètres carrés médicalisés... Il y'a donc nous, les adultes, avec quelques autres parents que nous n'allons que peu côtoyer, les bébés, et les soignants.

Ils sont très nombreux (120 si je ne me trompe pas). Ce jour-là, nous sommes accueillis par P., l'une des 2 infirmières des "soins intensifs 3"; C'est elle qui est en charge de notre bébé, de Sumo et de Tousseul. Très vite, nous allons nous découvrir. Alors que nos premiers jours de parents sont compliqués et stressants, elle va nous amener, grâce à une patience et une bienveillance extraordinaires, à nous sentir de mieux en mieux. Nous serons toujours contents d'apprendre via un coup de fil (à 9h du matin avant d'arriver, ou à 21h, avant la nuit) que c'est elle qui est de garde. Nous étions un peu des harceleurs, quand on sait qu'on était là de 10h à 19h chaque jour... Elle est souriante, elle nous parle simplement, se bagarre avec une administration parfois difficile, exécute des soins complexes sur les petits corps sans trembler...

Rapidement, nous en arrivons à papoter. Elle entend que j'appelle mon Doud "Doud" et me dit que c'est aussi le surnom de son homme, qu'elle aime s'occuper de notre Joufflu qui la gratifie de mini-sourires ou qui est "très sage" selon ses dires... A la question "vous avez des enfants ?", son regard s'embrume... Je sais qu'elle est jeune mais je comprends que ce n'est pas simple.

Lorsque nous serons en unité Kangourou, elle montera pendant sa pause, viendra voir comme le Joufflu mange bien et si moi je vais bien. Elle sera porteuse de bonnes et de mauvaises nouvelles, à propos les autres enfants dont j'ai tant plains les parents...

Nous quittons HFME. L'été suivant, Jouffllu reçoit une jolie carte postale de P. Elle est en vacances et n'oublie pas ses "chouchous". Nous avons été pris dans le tourbillon du retour à la maison, mais il est temps de renouer ce contact si particulier. Nous nous verrons régulièrement à l'automne. Elle en viendra à me dire que depuis 2 ans, leurs efforts pour devenir parents restent sans succès... Elle sait que j'ai galéré, elle lit le blog, elle se confie, elle pleure, elle me parle des grossesses de ses copines, parfois si douloureuses à avaler, de l'injustice de ce ventre vide. Elle vide son sac, comme je l'ai fait avant, avec ma "compagne" de galère.

En novembre, on lui diagnostique une absence totale de glaire cervicale. Les spermatozoïdes n'ont aucun moyen de remonter jusqu'aux ovules, rien ne les y aide. Cette toute jeune femme, qui évolue toute la journée aux côtés des enfants les plus fragiles ne peut pas espérer voir la cigogne frapper naturellement à sa porte. Elle enchaîne les rendez-vous. Dans son malheur, elle a la chance de travailler dans un hôpital qui abrite un super service d'AMP, et elle sera suivie par le meilleur, prise en charge rapidement. Elle est de la maison, si cela peut l'aider, tant mieux !

Test de Hüner, spermogramme, hysterographie... Elle aura droit à tous les examens pour en arriver à une insémination artificielle. Avant Noël, l'insémination a lieu. Comme toutes celles qui sont passées par là, le temps s'arrête. Elle me parle encore, me confie ses peurs, ses doutes. 2 jours avant la prise de sang officielle, elle n'y tient plus. Elle a chez elle des tests de grossesse et en fait un. Il est 7h30 un dimanche lorsque je reçois la photo d'un test rose pâle. Elle a juste réveillé son homme pour lui demander ce qu'il en pense et m'a écrit tout de suite. Je suis touchée, mais surtout inquiète. La couleur est vraiment claire. Se peut-il que cela n'ait pas fonctionné ? Il faut attendre... Bien sûr, il n'y a pas de faux positif. Elle est bien enceinte.

Comme moi, elle va avoir beaucoup de difficultés à l'admettre, malgré l'attente horrible qu'elle a vécu. Je pense que je peux aujourd'hui affirmer que les femmes qui attendent très (trop ?) longtemps ce miracle ne réalisent pas lorsqu'il se produit enfin. Je la rassure, mais très vite, les symptômes de la grossesse sont clairement identifiables. Nous partageons beaucoup de choses autour de ces histoires de bébé et le vomi en fait partie. Quelques semaines plus tard, son taux de Béta HCG est vraiment très élevé par rapport au terme de sa grossesse, nous plaisantons "jumeaux" elle sait que c'est possible avec la PMA. Première écho, et là aucun doute ! Ils sont 2 !!!

Elle vomit énormément et va attaquer les traitements. Elle qui a déjà des problèmes de dos se fragilise vite. Elle se retrouve couchée à 23 semaines, après une menace d'accouchement prématuré.

Je sais qu'elle a des difficultés à se détacher de tout ce qu'elle a vu dans le cadre de son travail. Je pense que forcément, elle a déjà fait et vu des choses sur des nouveaux-nés que nous ne soupçonnons pas. Elle a aussi beaucoup vu de deuils périnataux. Elle me dit que, chaque fois, les larmes des soignants accompagnent celles des parents. Comment attendre qu'elle se détache ? Comment lui demander de "ne pas y penser" ? D'autant que les jumeaux naissent fréquemment trop tôt et sont plus souvent transférés en néonat que les autres. Elle ne veut pas que ses enfants rejoignent ses collègues, malgré le fait qu'elle soit convaincue que c'est l'un des meilleurs services de France et que ses amies seraient aux petits soins pour ses bébés.

Nous échangeons beaucoup, elle sera hospitalisée 3 fois pour des grosses contractions. J'essaie de passer la voir régulièrement, avec des douceurs, des livres...

Bébé A et Bébé B vont naître par césarienne, car A ne veut pas se retourner... A 34 semaines, ils sont estimés à 2,5 ou plus, chacun ! C'est une très jolie nouvelle, ils peuvent venir quand bon leur semble à présent... Elle rentre chez elle rassurée. Et là, plus rien ! Aucune contraction de travail, un col qui reste fermé. Le comble pour les mamans qui sont passées par la grossesse pathologique et qui doivent être déclenchées à la fin, quand c'est le moment de les faire naître.

La semaine dernière, alors que je suis en RTT, je lui propose de sortir. Nous allons en terrasse pour dévorer une glace. Les gens peuvent être aussi bienveillants qu'idiots. Alors que personne ne peut ignorer son double ventre au bord de l'explosion, ils la questionnent. Souriante, elle répond qu'ils sont 2 là-dedans... Je ne me rendais pas compte que la façon de lui répondre alors pouvait paraître bien peu sympathique.

Bien sûr que des jumeaux, c'est beaucoup de travail et que, maintenant que j'ai eu UN bébé, je suis moins encline à sauter de joie si demain on m'annonce que j'attends 2 enfants. Mais pour autant, ce sont ses premiers et est-ce bien le moment de lui mettre dans la figure la prétendue difficulté d'avoir 2 enfants en même temps ? Finalement, elle va découvrir les réveils nocturnes et les coliques avec 2 enfants, mais elle ne peut pas comparer avec le fait de n'avoir qu'un seul bébé à gérer... Et si on lui laissait le temps de se dire que "oui les premières années auront été prenantes", ou bien non, pas tant que ça... Mon amie qui m'a soutenu à l'époque de la galère et qui a eu des jumelles dit qu'elle a vécu des jours compliqués, certes, mais par rapport à quoi ? Elle n'avait pas eu de première expérience, comment dire que c'est mieux ou pire dans ce cas ?

En terrasse la semaine dernière, une vieille dame lui a même demandé si elle ne pouvait pas en donner un à sa fille qui n'avait pas pu avoir d'enfant. Bon ok c'était une vieille dame mais quand même !! Et puis les autres, qui disent "ouh là" avec un air terrifié lorsqu'elle annonce que ce sont des jumeaux, est-ce bien nécessaire ? A l'avenir je vais faire attention... On ne sait pas ce que les gens ont vécu pour en arriver à une grossesse. Alors qu'elle n'était qu'impatience de les rencontrer. Et finalement, nous sommes toutes les mêmes, les autres pensent nous préparer en nous disant "profite", "dors tant que tu peux"... Mais tant qu'on ne l'a pas vécu on ne peut pas comprendre ces phrases répétées encore et encore...

La césarienne était programmée. Le 1er septembre dernier, en milieu de matinée, ses amours sont nés.

Ils sont parfaits et en pleine forme. Ils sont tout ronds, magnifiques et ont déjà sérieusement prouvé qu'ils allaient les faire tourner en bourrique, leurs tout-jeunes parents.

La cerise sur le gâteau de cette belle rencontre et de cette amitié, c'est que les parents m'ont demandé d'être la marraine d'un des enfants... J'en suis encore toute retournée. Si mon fils n'avait pas été malade, je n'aurais jamais rencontré leur maman. Si nous n'avions pas vécu tout cela il y'a presque 2 ans, on ne se connaîtrait pas. On ne sait jamais ce qui va se passer demain mais parfois, même au bout des pires épreuves se cachent de jolies revanches et des liens pour la vie !

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