La vraie histoire...

Je discute régulièrement avec de nouvelles lectrices du blog, notamment grâce à Facebook. L'autre jour, je rassurais une jeune femme qui a eu la chance immense, alors que tous lui prédisaient de longs mois de traitement, de tomber enceinte "sous la couette" comme on dit. Elle me dit que depuis la découverte, elle est complètement terrorisée, qu'elle ne se reconnait plus, qu'"elle n'arrive pas à être heureuse"... Elle me raconte qu'elle a dévoré le blog d'une traite (franchement bravo, parfois je tombe sur des articles que j'avais complètement oubliés... Elle devait avoir mal aux yeux, bichette !). Et elle me pose une question qu'en effet, je n'ai jamais abordée ici... Comment j'ai vécu les premiers jours après le test positif ? Il est donc temps de lever le voile, et de vous raconter ce qu'il s'est VRAIMENT passé pendant cette période.

J'ai annoncé la nouvelle comme elle m'est arrivée, d'une traite, comme une onde de choc... Et puis quand même, j'ai un peu détaillé dans un second article quelques jours plus tard, même si j'ai occulté beaucoup de détails...

Je résume.

Nous sommes en essai depuis un moment et surtout, les prédictions médicales ne sont pas bonnes. Cycles de 60 à 90 jours (pas évident), syndrome des ovaires polykystiques grave, moral dans les chaussettes...

Dernières règles le 15 février. Echographie de contrôle, ostéopathe réputé pour son action sur les femmes infertiles et chaudement recommandé... Nous avons déjà des RDV avec des spécialistes de la PMA, prévus le 15 avril. Le temps est long... 26 mars : prise de sang (on est à plus de 45 jours hein...). Nous avons obéit et nous avons régulièrement... fait crac crac (toutes les 48h). Je sais ce n'est pas glamour mais croyez-moi, beaucoup vont se reconnaître dans cette mécanique pourrie.

Prise de sang donc, avant de m'envoler quelques jours pour Istanbul avec ma maman. Et forcément, elle est négative. Je pleure, mais finalement, c'est sans surprise. Nous partons, je bois (beaucoup), je mange n'importe quoi, on se retrouve à descendre la grande pente de Galata à minuit, un poil pompettes... J'achète tout ce que je trouve de "couleur locale" pour booster la fertilité, grâce aux conseils farfelus des femmes turques du Grand Bazar.

Retour en France, retour au travail. Je compte les jours jusqu'au RDV miracle tant attendu du 15 avril.

Et là, patatras ! 15 minutes de RDV, focalisés sur mon surpoids et quelques comprimés qui ne servent pas toujours à grand chose. Les autres RDV se calent, les examens...

J'en sors vidée, je pleure toutes les larmes de mon corps.

Le vendredi suivant, je suis prise dans un bouchon hallucinant à la sortie du boulot. Et là, blurp ! Je vais vomir, j'ai la tête qui tourne... En même temps, c'est encore une journée d'annonces de grossesses partout. J'ai pleuré, cachée, beaucoup.

Je rentre livide et vais me coucher. Dans la soirée, j'essaie d'attraper quelque chose par terre et je tombe du lit. Je me sens épuisée. Et j'ai mal au ventre.

Samedi matin, je souffre, vraiment. Il faut que je prenne ce cachet miracle, et comme je ne suis pas enceinte je ne risque rien. J'en suis à plus de 65 jours de cycle.

Une micro étincelle clignote au fin fond de mon cerveau et je vais quand même acheter un test, sans espoir. Je prends un test merdique, pas cher. J'arrive chez mes parents, je vais discrètement faire pipi et là, le choc. En quelques secondes, c'est rose fluo !

Nous annonçons la bonne nouvelle, tout s’enchaîne. Voilà pourquoi j'étais épuisée, vomissante... En plus des mauvaises nouvelles qui s’enchaînaient et de l'espoir qui s'éloignait, j'avais de VRAIES raisons d'être déglinguée.

Le lendemain, nous partons pour des vacances attendues de longue date avec des amis proches, dans le pays de celle qui deviendra la marraine de mon fils. Il faut lui dire, elle va bien voir que je ne bois pas.

On est dimanche, je sais que je suis enceinte depuis 24h et ma vie prend un tournant que je n'avais jamais imaginé.

Pour moi, l'annonce d'une grossesse attendue de longue date, c'était un peu de vomi peut être, de la fatigue oui oui, mais surtout un sourire indévissable et une joie incommensurable.

Et puis... non ! C'est le début de la terreur. Je suis indigne de cette grossesse... Comment est-ce possible ? Comment apprécier alors que tout va s'arrêter puisque je ne mérite pas cette bonne nouvelle, ni moi ni mon corps mal fichu ?

Nous faisons une écho de datation à Bruges, le lundi. Ah bah oui, quand j'ai appelé la maternité lyonnaise qui me faisait rêver et que je lui annonce "dernières règles le 15 février", elle ne m'a pas cru ! Donc écho de datation en urgence, il faut s’inscrire vite si on ne veut pas accoucher sur son canap'.

A l'écho, la date de conception est fixée au 23 mars... Donc je suis à près de 5 semaines de grossesse. Oh ce n'est pas un déni, ou peut-être si. Et comment ai-je pu louper ça ? Mon corps me criait que quelque chose n'allait pas. Je pleurais tout le temps, j'étais crevée...

En résumé, je ne le vis pas très bien. Je suis épuisée et nauséeuse (en même temps à 5 semaines de grossesse, c'est bien normal, on est en plein dedans). Je suis avec des supers amis, mon jules, et je suis incapable de suivre... Je suis tellement flippée que je deviens irrationnelle. J'ai peur de tout, de chaque micro-douleur, de marcher trop, de vomir partout (les restos belges, c'est un concept quand t'es enceinte). Je n'achète rien pour ce bébé. Je l'aime déjà mais je n'y crois pas et je m'INTERDIS de fêter ça.

Si je tousse, c'est que je fais une fausse couche. Je ne dors plus, je vomis, j'ai peur. Voilà ma vie pendant cette semaine. Et je fais peur à mes proches qui me découvrent tétanisée et foldingue !

Mon jules prend des pincettes mais je suis à vif. Incontrôlable...

Plus tard, alors que je discute avec cet ami qui m'a vu aussi mal pendant cette semaine, il me dit : "on a soudain pris conscience que ça te hantait ces histoires, que c'était bien plus que tu ne le laissais paraître". Je m'étais beaucoup réfugiée derrière les blagounettes et la légèreté et je n'avais pas montré ce que cette épreuve de l'infertilité (aussi courte soit-elle) me faisait vraiment : mal à en crever !

Nous rentrons de Belgique. Je reprends le travail mais je suis trop épuisée. Alors le médecin m'arrête. Mes analyses de sang ne sont pas bonnes, je suis vidée. Et j'attaque le meilleur régime de ma vie. A 4 mois de grossesse, j'ai perdu 16 kilos...

Autant vous dire que l'écho du troisième mois me permet de prendre enfin un peu de recul. Je vois mon bébé, il va très bien, son petit cœur bat, moi je suis cuite mais lui, il est tout à fait normal. HAHAHA !!!

Petit à petit, j'arrête de vomir, même si les nausées ne me quitteront pas. Le matin de l'écho du cinquième mois, je suis hyper flippée. Je revois ma maman me dire "mais enfin, que veux-tu qu'il t'arrive ? Tu vas confirmer que c'est un petit garçon, qu'il se développe bien et puis voilà". Je ne vous dis pas dans quel état elle devait être quand je l'ai appelé après cette put*** d'échographie. Et après les 20 suivantes (oui oui, là je n’exagère pas...).

Je n'avais pas la grossesse des magazines. Je n'ai d'ailleurs que très peu de photos de cette période que j'aurais dû vivre avec légèreté. Peut être 5 clichés en 8 mois...

Je sais juste que ce n'est pas obligé de bien vivre tout cela, je peux le confirmer. Alors à toi qui me lis, ne t'inquiète pas. Il va bouger ce bébé, et ce jour-là, tout change. Soudain, tu renais à la vie. Les premiers mois sont très longs, surtout quand rien ne se passe comme prévu. Mais tu verras, dés qu'il va s'animer (c'est moche mais c'est ça), alors tes mains ne vont pas le quitter. J'ai passé des heures à communiquer avec mon Joufflu dans mon ventre, à lui dresser les portraits des gens qu'on allait rencontrer, en réunion de travail ou auprès des médecins.

Il était vivant, réel, et je ne m'accrochais plus qu'à cela !

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