Vendredi 13

// Rédigé le 16/11/2015 //

Que dire...

Et puis si quand même, j'en ai des choses à dire.

J'ai des pensées à adresser aux personnes qui ont vécu l'horreur de ces fusillades, ou aux familles qui commencent un chemin de deuil. Un chemin terrible, sans queue ni tête, un chemin que personne ne devrait emprunter si son seul crime est d'avoir un proche qui aime la musique ou la fête.

Les abjects dingues qui se sont faits exploser ou qui ont pris une arme et décidé de mitrailler une foule qui danse ou qui trinque n'auront certainement pas accès à leurs 72 vierges ni au paradis, peu importe ce qu'il promet. Je ne crois pas en Dieu mais j'ose croire qu'aucun de leur Dieu n'acceptera de sombres tarés comme ça dans son Eden. Que leur corps pourrissent sans qu'on y prête le moindre intérêt...

Les réseaux sociaux se tiendront bien loin de moi. Je ne publierai pas un mot cette semaine, je l'ai décidé samedi matin, alors que mes "contacts" s'enflammaient de racisme ou bien que d'autres surjouaient la tristesse. Je déteste que l'on surjoue. Les seuls qui ont le droit de crier leur perte ou de pleurer sans s’arrêter sont les familles et les amis des personnes qui ont été massacrées. Les autres, nous leur devons le silence, la musique, le bruit des verres qui s'entrechoquent. J'ai beaucoup pleuré, le plus loin possible de mon Joufflu qui est bien trop petit. J'ai beaucoup pleuré mais aujourd'hui je ne pleurerai plus. Je ne commenterai aucun post où que ce soit. Les seules choses à publier sont quelques images sublimes qui sont nées de cerveaux créatifs trop peinés pour l'exprimer autrement qu'en dessin ou bien les prises de paroles des uns et des autres, celles qui nous touchent ou représentent ce que l'on pense. Je suis l'actu, nous en parlons avec mon homme et nos familles / amis.

Samedi nous avions prévu une soirée entre potes, dans Lyon, au resto.

Nous avons annulé le resto, confié nos enfants à leurs grands-parents et nous nous sommes retrouvés à la maison. Nous avons bu et ri jusqu'à 3h30 du matin ! Alors qu'une bougie se consumait à la fenêtre, nous avons passé une excellente soirée. Nous avons échangé sur ce qui venait de se passer. Nous avons frôlé les larmes, mais la fête et le sourire ont pris le dessus.

Aujourd'hui en arrivant au travail, il nous faut reprendre notre quotidien, alors que partout des perquisitions dévoilent l'arsenal caché et terrifiant de ces fous.

Alors que la liste des victimes continue de s'allonger et que les visages de ceux qui sont morts au nom de cette barbarie sont connus. Des visages jeunes, souriants, insouciants. Nous, nos frères ou soeurs.

Pas de Paris non plus cette semaine, pour rejoindre un salon que j'attendais pourtant depuis un an. Un salon futile (comme la vie en fait !), pour acheter des écheveaux de laine et choper plein d'idées. Je n'ai pas peur de monter à Paris, je ne me vois juste pas faire ce que j'avais prévu de faire alors qu'à quelques centaines de mètres, le sang sèche. Bien sûr que nous allons retrouver le plaisir des choses légères, bien sûr que nous reparlerons chiffon, laine, création. Parce que c'est la vie, oui, mais pas cette semaine.

Il va falloir agir oui, mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, il faut tendre la main à son voisin, son collègue ou son enfant, lui sourire et avancer. Nous irons à d'autres concerts, nous crierons à tue-tête en terrasse, de l'alcool plein les veines. Nous irons au foot, soutenir les bleus, les rouges ou les verts. Nous chanterons du gros rock de sourd, en secouant frénétiquement la tête, à en devenir sourds...

Nous vivrons, Français que nous sommes, plus férocement encore près de nos valeurs de liberté.

Mais pas aujourd'hui.

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