Prête ton blog #2 - Adopte-moi

Ce blog est décidément une mine d'or...

Je discute énormément avec vous, lectrices. Et parfois, vous acceptez de partager votre expérience. Le premier opus de ce "Prête Ton Blog" était signé Louise, atteinte d'endométriose.

Aujourd'hui, c'est Petite Sittelle qui me fait l'honneur de publier son récit dans mon univers. Et je l'en remercie... Encore une fois, les histoires vécues par celles qui prennent l'infertilité dans la figure sont touchantes, bouleversantes, déroutantes. Encore une fois, je ne suis pas une pro et l'adoption ne fait pas partie des sujets que je maîtrise. La justesse du texte ci-dessous me désarme. Non, ce n'est pas qu'un conte de fée, oui c'est encore un parcours semé d'embûches. Mais avant tout, c'est un parcours de mère, de parent. Au milieu d'un océan de papiers et de questions...

Adopte-moi

Je pourrais commencer par la fin : la rencontre. Par la belle histoire, car c’est une belle histoire. Mais je vais commencer par le début.

J’ai découvert mon infertilité par hasard. Je souffrais depuis plusieurs années d’endométriose sans le savoir. Un dimanche j’ai été prise de violentes douleurs au ventre, j’ai d’abord cru à une intoxication alimentaire – sévère ! Mon médecin a lui pensé à une grossesse (j’avais en plus de jolis ballonnements) et puis l’écho a révélé un kyste gros comme un pamplemousse, sur l’ovaire. Il a rompu avant même que j’ai le temps de programmer l’opération ; je me suis retrouvée aux urgences, assez mal au point. Je suis plutôt dure à la douleur mais disons que je l’ai senti passer !

Bilan : endométriose sévère et infertilité. Le choc pour moi qui m’étais toujours imaginée à la tête d’une famille nombreuse !

Très vite nous avons été « pris en main ». Pour me soigner, très bien.

A chaque examen, la même question : « vous avez des enfants ? non ? ah… on va s’occuper de vous ! ». Mais le parcours médical n’était pas pour nous, nous pensions déjà depuis longtemps à l’adoption. Certes pour un petit dernier, ce qui était bien différent, mais l’idée était bien là. Pour nous ce n’était pas un choix par défaut – ce qui n’a pas plu à certains médecins d’ailleurs ! Ca n’entrait pas dans les standards.

L’annonce de notre projet d’adoption à nos parents a été un choc auquel je ne m’attendais pas. Pour nous c’était comme annoncer une grossesse ; eux découvraient notre infertilité et étaient envahis de tristesse et d’inquiétude. La joie pour notre projet est venue bien plus tard.

Sur le papier, quand nous avons commencé nos démarches d’adoption en 2005, nous étions le couple idéal : jeune (moins de 30 ans tous les deux), mariés depuis plusieurs années, ne se projetant pas forcément avec un bébé mais plutôt un enfant de 2 ou 3 ans… Notre démarche était claire, désirée. Les débuts ont été même assez simples, sans embuche, pas du tout le « parcours du combattant ». Au contraire, de belles rencontres et la conviction que nous serions bientôt parents.

Une fois l’agrément reçu, nous avons très vite été acceptés par un Organisme habilité à l’adoption (OAA) et avons préparé un dossier pour la Chine. L’annonce de 6 à 8 mois d’attente m’a quasiment désespérée, après la première année occupée à la préparation de l’agrément puis du dossier. Si j’avais imaginé ! 6 mois plus tard, on nous annonçait 6 mois de plus, puis 1 an de plus, puis…

Au début nous disions que tout allait bien : c’était la belle histoire. Puis progressivement, au fil des années, la famille, les amis, ont arrêté de nous demander des nouvelles. Après des hauts et des bas où l’autre était toujours là pour remonter le moral, nous nous sommes tous les deux écroulés. Certains, pas très malins (aucun ami heureusement) ne comprenaient pas : « je connais quelqu’un qui a adopté…, pourquoi c’est si long ? Vous vous y prenez mal, vous devriez faire jouer vos relations. Peut être que dans un autre pays, etc… » C’était dur, désespérant, terriblement long. Mais nous n’avons jamais cédé à des chemins de traverse faciles, à des filières douteuses. Cela a été très long mais toutes nos démarches ont été claires.

Là encore, cela n’a pas été un parcours du combattant mais une véritable traversée du désert.

En 2010, nous avons dû renouveler notre agrément (valable 5 ans). Les délais d’adoption en Chine continuaient de s’allonger. Puis la Chine qui demandait jusqu’alors une exclusivité (c’est à dire de ne pas engager d’autres démarches, pour ne pas risquer de voir deux apparentements aboutir en même temps) a commencé à annoncer que les couples en attentes pouvaient envoyer des dossiers dans d’autres pays… Nous avons donc informé l’Aide sociale à l’Enfance (ASE) que nous étions ouvert à une adoption en France. Aussi étrange que cela puisse paraître cela a été difficile pour nous d’ouvrir une autre possibilité en France. Notre cœur était en Chine !

Cette même année, la Chine a officiellement dit que de moins en moins d’enfants en bonne santé étaient adoptables et a proposé aux parents en attente de s’ouvrir à des enfants à particularité (c’est à dire avec un problème de santé plus ou moins grave). Nous avons alors envisagé l’accueil d’un enfant un peu différent. Là encore nos familles étaient plutôt réservées…

Et puis, curieusement, après déjà 6 ans, cette attente interminable est devenue plus légère. Début 2012, nous disions souvent que nous étions proches du départ pour la Chine (que nous imaginions l’année suivante, tout de même, mais après 6 ans on n’est plus à quelques mois près !).

Puis un soir de juillet, un appel de l’ASE a tout chamboulé. Une petite fille nous attendait dans notre ville.

Le choc.

Mon mari a été père une heure avant moi.

Il a essayé désespérément de me joindre sur mon portable qui ne captait pas…

C’était tellement improbable que je suis restée sidérée et littéralement bouche bée pendant près d’une heure.

Ensuite nous avons appelé la famille et les amis proches, comme pour nous convaincre de cette nouvelle si inattendue et si déroutante.

Le week end a été étrange, mêlé d’émotions contradictoires : entre la joie, l’excitation, le sentiment de sauter dans l’inconnu,… l’annonce que notre enfant ne viendrait finalement pas de Chine. Il a fallu l’accepter pour accueillir complètement notre fille, telle qu’elle est avec son histoire si différente de ce que nous avions imaginé.

Quelques jours plus tard, nous avons rencontré la tutrice de notre fille. Une phrase : « il faudra beaucoup l’éveiller », quelques éléments de son histoire,… et notre "oui", un "oui" sans aucune hésitation malgré l’inconnu.

La semaine suivante, nous l’avons rencontrée. Moi qui pendant des années m’étais imaginée avec un enfant aux yeux bridés et qui disais parfois « si un jour on m’annonçait qu’une petite blonde aux yeux bleus nous attend en France, ce serait complètement exotique ! »… Elle n’avait pas 2 ans, mais 3 mois ; n’avait pas les yeux bridés mais des yeux bleu clair très profonds et le même regard que moi…

J’ai pris 8 mois de congés à la maison pour prendre le temps, cumulant congé d’adoption (plus court que le congé maternité classique, on ne compte que les semaines post accouchement !), congés sans solde, compte épargne temps et congé parental.

Même si tout s’est toujours très bien passé, ce temps a été nécessaire pour l’attachement.

Le temps d’attente, si long, nous a, je crois, donné la patience. Car dans l’adoption, même après l’attente, il faut du temps. Un peu plus sûrement que pour d’autres enfants. Les premières semaines, j’étais surtout la super puéricultrice. Le lien s’est fait progressivement.

Les premiers regards pendant les biberons, les premiers gestes de tendresse sont apparus après deux mois à la maison. Deux mois joyeux, heureux, très doux. Mais il a fallu apprendre à notre fille ce qu’est une famille, un papa, une maman, une maison, l’intimité, la complicité.

Dans l’adoption, à chaque étape il faut du temps.

Du temps pour canaliser l’énergie. Du temps pour rassurer, pour expliquer, pour s’attacher. Du temps pour sécuriser, pour traverser les angoisses, affronter les peurs. Du temps pour répondre aux premières questions aussi. Pour expliquer la maman de naissance, mettre des mots sur l’adoption mais aussi, même si on pensait être prêt après tant d’années, accepter et surtout être capable de parler d’abandon. Etre capable d’utiliser des mots simples mais justes, sans tabou, toujours avec tendresse et respect pour son histoire.



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