BONNE mère ?

Hello,

Voici un des rares podcasts que je suis de façon assidue : Mardi noir / Psychanalyse toi la face !

Le principe est simple : une nana trentenaire se maquille en expliquant une notion de psycho. Elle a vraiment fait des études sur le sujet hein, elle n'invente pas.

Accessible, drôle, décalé... J'adore ces épisodes qui te donnent envie de te plonger dans des bouquins chiants. Mais je m'arrête avant de les lire quand même. En tous cas, elle, je la suis, et j'aime la mise en scène parfois complètement tordue.

Bon comme en plus je suis une quiche du contouring et autres notions abstraites du maquillage, elle m'amuse.

La semaine dernière, elle publie ça :

Prenez donc 10 minutes pour regarder...

J'ai tout de suite pigé où elle voulait aller, quelles questions elle allait soulever. C'est quoi en fait une bonne mère ?

Forcément, le titre m'interpelle. En plus, j'en ai parlé longuement avec ma copine maman de jumeaux cernée.

Ma copine cernée est donc fatiguée. A bout, parfois, il lui arrive de se demander pourquoi elle ne ferait pas sa valise, là, maintenant, tout de suite, pour se barrer au bout du monde en plantant tout. Pas de panique, cela lui passe vite ! Elle est solide.

Je lui expliquais alors ce que j'avais vécu aux mêmes instants de la vie de mon fils (qui était tout seul).

Je me revois très bien une nuit, épuisée, assise dans le couloir froid alors que le bébé pleurait. Moi aussi d'ailleurs... Au fond de moi, une question qui a persisté quelques semaines : mais pourquoi j'avais tant voulu cet enfant ??? Pourquoi j'ai tant pleuré qu'il ne vienne pas alors que, maintenant qu'il est là, je ne le veux plus (oui c'est dur, mais c'est vrai) ?

A bout de forces, épuisée... Cette prise de conscience m'a secouée.

Bien sûr il y'avait toutes ces autres jeunes mères rayonnantes, épanouies, ravies. Et moi... Ma baraque en vrac, mon corps pas mieux et l'envie furieuse de rembobiner. De tout annuler. Grossesse, naissance... Que ce bruit assourdissant de ses pleurs si particuliers du nourrisson (a fortiori quand c'est le sien) s'arrête !

Un autre jour, alors qu'il hurlait parce que j'avais osé le poser seul, je me suis enfermée sur le balcon 15 minutes. Il était en sécurité, dans son lit, rien ne pouvait lui arriver. Je suis sortie, j'ai fermé. Les bruits de la rue ont couvert ses pleurs. 15 minutes de solitude... Une toubib m'avait dit un jour : "quand il hurle à la tombée du soir, comme de nombreux autres enfants, sortez vous promener. Dehors le son résonne moins. Il pleurera toujours, mais au moins, vos murs n'amplifieront pas le bruit". J'étais son univers tout entier, alors que moi, je ne voulais que ma couette et le silence (et on ajoute une bonne cuillère de petite dépression post-partum hein, histoire de finir le truc).

Là, à ce moment précis, j'ai compris qu'on puisse secouer son enfant. Oh lâchez ce téléphone, n'appelez pas les services sociaux, sa nuque est en place. Les seules secousses qu'il a senties sont celles qu'il s'est auto-infligé en faisant des cascades. J'ai compris qu'on puisse être à bout si on est pas soutenue ou qu'une autre personne ne prend pas le relais, ou pas correctement. J'aurais donné n'importe quoi pour qu'il arrête.

Pas de souci, cela m'a passé. Surtout qu'à présent, il y'a le coin, les regards noirs et surtout un enfant différent, plus grand, qui ne pleure plus de façon assourdissante en pleine nuit alors que le cerveau de ses parents tente de retrouver un peu de calme. Je crois que je ne serais jamais la maman d'Instagram, appartement rangé, enfant bien habillé et souriant, elle-même souriante et dévouée... Rayonnante. Les mois du nourrisson sont tuants. Si je pouvais, j'accoucherai d'enfants de 6 mois.

Bien sûr, mon propos est excessif, et les sacro-saintes "mères parfaites" qui me lisent doivent se demander si la DDASS a mon dossier.

Ce que dit Mardi Noir dans sa vidéo, c'est que parfois, l'univers n'est pas propice à l'éducation d'un enfant et pourtant, il est plutôt bien à l'âge adulte. Et puis parfois, malgré l'amour et la perfection des parents, il tourne mal. Reste à se mettre d'accord sur ce que c'est que de mal tourner...

Alors oui, heureusement, certaines mères honnêtes avouent que "c'est dur". Face à elles, et Mardi Noir le rappelle, il y'a aussi celles qui blessent. Qui débordent ! De fatigue, de solitude, de faiblesse (mais ça c'est réducteur) et qui passent à l'acte. Finalement, ne sont-elles pas l'extrême d'une difficulté que toutes rencontrent ?

Quand on a un premier enfant, on fait tout bien, on ne tente pas d'expériences non prescrites par le pédiatre. Je suis convaincue que si demain j'ai un autre enfant, je n'ouvrirai pas les livres... Je ferai "comme j'ai envie", moins stressée, consciente que le premier a survécu et donc, que le second devrait s'en sortir. Oh je ne parle pas de le plonger dans l'acide mais je pense au RGO par exemple, ou à la diversification.

Déjà pour mon Joufflu, certaines recommandations sont passées à la trappe dés que je franchissais la porte de la pédiatre. Je me revois acheter des céréales pour enfant de 4 mois à la pharmacie alors que la pharmacienne me rappelait qu'il n'avait que 3 mois et demi ! J'ai dit "oui oui, mais c'est pour plus tard" et je les ai ouvertes le soir même. J'aurais dû lui dire "ta gueule" mais sur le coup, je n'avais pas envie de me fâcher avec les voisines. Les suivantes, je les ai achetées dans une autre pharmacie... J'ai introduit tous les aliments en avance. Il a mangé à 3 mois et demi sa première compote. Et j'écoutais religieusement la pédiatre qui me disait "c'est bon, il a 5 mois, vous pouvez y aller mais mollo, et les fruits d'abord, et que de la pomme". Moui moui...

Alors qu'il ne voulait plus de lait à 9 mois, je lui ai donné des yaourts. De grand. le Danone bleu classique et pas les yaourts de bébés dégueu. La semaine dernière, je papote avec une maman qui force son enfant à les manger. Elle m'a dit une phrase typique "on est OBLIGEES quand le pédiatre le dit". Obligée ? Mais de quoi ? Et surtout pourquoi ?

Finement, c'est dans ces moments-là que je me dis que j'ai eu de la chance. Notre pédiatre de ville sans enfant insiste aussi sur ce genre de produit. En face, dans le cadre du suivi particulier de mon fils, nous avions rendez-vous régulièrement dans un grand hôpital avec un néonatologue. Il n'assurait qu'un suivi statistique et rassurant mais pour cet homme habitué à faire des massages cardiaques sur des prémas, le yaourt pour bébé ou le yaourt classique, c'est un faux débat. Il parle de marketing, de produit récent, sans intérêt particulier. Alors que la première nous vantait les bienfaits de ce type de laitages, lui, il les démolissait en disant "ça va hein, on va pas se prendre la tête, nos grands-parents ne mangeaient pas ça et ils ont bien vécu quand même. Donnez ce que vous voulez à votre enfant, écoutez-vous !".

Je dirais qu'il y'a des jours où je suis une bonne mère, et le lendemain, je me sens moins "au taquet" et je cède, je me fâche.

Il n'y a pas d'instinct, enfin pas chez moi en tous cas. Quand j'ai vu mon fils sur mon ventre, je n'ai pas ressenti le torrent d'amour. 5 semaines après sa naissance (compliquée hein, je ne me cherche pas d'excuse mais bon...), alors qu'il pleurait aux urgences en me regardant droit dans les yeux, j'ai eu une violente prise de conscience : "BORDEL, mais je l'aime ce gosse en fait !!!". Je vous jure que c'est vrai ! C'est un fait. Il a fallu qu'il souffre pour que soudain, je me dise que oui, je souffrais avec lui, je partageais sa peine, je pleurais de concert avec mon petit bonhomme tandis que les urgentistes cherchaient une de ses micro-veines. Avant cela ? J'étais un robot-maman, qui subvenait à ses besoins d'enfant hospitalisé, en tirant mon lait 6 fois par jour, et même la nuit, dans sa chambre, alors qu'il n'y était pas (et puis après, je me suis faite engueulée par les équipes de néonat en mode "c'est déjà chiant de se lever quand l'enfant est à la maison et a faim en pleine nuit, alors profitez-en et dormez tant qu'il est là !". On passait 12 h par jour à son chevet, en pleine période de Noël.

Je ne l'ai jamais secoué ni jeté par terre. J'en ai parfois eu envie... Mais je l'ai dévoré de bisous et je lui ai promis de le manger. A la lumière de cette vidéo, je me dis qu'au fond de moi, je dois avoir des instincts cannibales. Tant pis ! Hier encore, en pleine séance de guilis, on se demandait avec son père quelle sauce on tartinerait sur sa cuisse, son ventre ou ses joues, le jour où on va le déguster ! Ca l'a beaucoup fait rire, il en redemandait. Il doit être masochiste !

Et puis, de toute façon, si un jour il voit un psy, ce sera la faute de sa mère, alors autant avoir de bonnes raisons !

"Y'a rien de plus beau que la maternité hein ?!"

(N'hésitez pas à la suivre par ici ou sur sa chaîne Youtube. Promis, vous allez adorer).

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