Family portrait !

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire du père de mon fils. 34 ans, 13 passés ensemble...

Mon fils a de la chance, moi aussi, mais ça vous le savez déjà.

C'est dur d'être père (ça ne l'est pas moins d'être mère hein...). Ca me fait donc penser que je ne vous ai jamais parlé de "mes pères".

J'en ai 3. Oui oui, 3 papas. Ne tombez pas de votre chaise, ils sont complémentaires et j'ai cette chance d'être issue d'une famille complètement recomposée.

Je m'explique :

Il y'a mon père biologique. Immigré depuis le Portugal à 9 ans, il a vécu des choses très difficiles en arrivant en France. Famille nombreuse, très pauvre, au fin fond de la Bourgogne quand on ne parle pas français... Je vous laisse imaginer.

Il s'en est bien sorti, a fait de bonnes études, a un bon job. Les séquelles qu'il en a conservé sont d'ordre psychologiques et sociales. Un rapport à l'argent dévastateur, une incapacité à communiquer... Mes parents divorcent quand j'ai 13 ans, et j'en suis ravie ! Enfin, on va pouvoir tous se calmer, quitter ce climat de tension permanent... Je vais continuer à le voir quelques années et en 2001, je demande un droit de visite assoupli, soit une autorisation d'y aller si j'en ai envie. Nous nous sommes croisés à certains évènements familiaux. Bonjour et au revoir simplement. Rien d'autre.

Il ne connait pas mon fils, mon fils ne le connait pas non plus. Un jour peut-être, il souhaitera le rencontrer...

Je sais que je fais preuve d'un certain détachement qui peut mettre mal à l'aise. Mes relations avec mon père sont complexes. J'ai développé des automatismes qui vont contre sa façon de penser. Je dépense beaucoup, je mange beaucoup, je vis beaucoup. Lui si économe et prévoyant (même dans son rapport aux autres) m'a donné envie de vivre tout, beaucoup ! Alors je suis ronde, pauvre mais souriante ! Mon fils voit des dizaines de choses, enchaîne les tours de manège et la barbapapa, est gâté, goûte tout ce qui existe dans les rayons féériques des grandes surfaces.

Mon père a refait sa vie juste après le divorce, avec une femme de sa trempe. Une nana de la terre (je n'ai rien contre les gens de la terre), aux valeurs simples (je n'ai rien contre les valeurs simples) qui a vécu des choses difficiles aussi et qui a le même fonctionnement que lui. S'ils s'entendent et sont heureux comme cela, tant mieux !

Je n'ai pas que de mauvais souvenirs, mais je n'en ai pas de récents. Il ne tente pas de me contacter, moi non plus. Il voit encore mon frère régulièrement, je sais qu'il a l'air d'aller bien, il sait ce que nous avons vécu avec Joufflu, cela s'arrête là.

C'est triste. Et en même temps, c'est peut-être mieux ainsi. J'entends parfois que c'est dommage, qu'il est "quand même mon père". Je réponds alors que j'étais quand même sa fille aussi.

Je sais qu'un jour il va vieillir et partir. Ce jour-là m'angoisse un peu. Et si je réalisais subitement qu'il me manque alors qu'il n'est plus là ? Et si cela ne me faisait ni chaud ni froid ? J'ai le temps hein, il n'est pas malade mais j'y pense.

Tant pis, les familles sont des nids de complications. On n'y échappe pas...

Il y'a le mari de ma mère. Rencontré sur Internet 7 ans après son divorce. Le même jour que mon homme et moi.

Ma mère qui ne voulait plus jamais se marier l'épouse 2 ans après, simplement, amoureusement. Elle est heureuse. Il est fils unique, comme elle, ils partagent beaucoup de choses. Il a à coeur de lui faire plaisir et la gâte. Il n'a pas d'enfants et en a récupéré soudain 2, grands.

Moi à 19 ans et presque déjà en couple avec mon homme, et mon frère de 15 ans, pour qui cela a été plus difficile. Et puis finalement, lorsque mon frère se cherche professionnellement, et alors que mon père (fidèle à ses économies) ne veut rien prendre en charge, il finance l'école qui va l'emmener vers son métier actuel. Ils vont aussi voyager ensemble, en duo, presque père et fils, vers l'Ethiopie. Avec moi, cela s'est toujours bien passé. Je n'en voulais pas à ma mère de refaire sa vie, cet homme était attentionné et patient avec nous, il nous a adopté et parle de "ses enfants", de son petit-fils. C'est drôle d'ailleurs, les gens qui ne savent pas pensent que les yeux bleus de Joufflu sont les siens... Il est Papy Nours et cela ne gène ni le petit ni le grand. Il incarne la patience, la musique (guitare, harmonica, piano...). Mon fils l'observe avec beaucoup d'attention. Il a des gestes calmes, lents, attentifs. Il va acheter des flacons à bulles et de nouvelles gommettes quasiment toutes les semaines... Un papy gaga !

Et il y'a le père de mon homme. J'avais 19 ans quand je l'ai rencontré. Un homme fort, viril, sûr. Très vite, nos discussions cash ont crée le lien. Je pense qu'aujourd'hui, il me considère comme une autre de ses filles. Malgré les histoires de ma belle-famille compliquée, on peut toujours compter l'un sur l'autre.

Quand il se blesse au travail et que je suis la première aux urgences, quand on recoud sa peau en miettes et que je lui tiens la main sans tomber dans les pommes ou quand je sors d'un rendez-vous médical de PMA en larmes pendant des heures, dans ses bras. Son regard doux et sa bienveillance envers son petit-fils adoré, son rapport d'homme à homme avec son fils (qu'il a formé et de qui il attend beaucoup, beaucoup plus que de ses autres enfants d'ailleurs) qui parfois clashe mais est indéfectible. Pas un jour sans que les deux ne s'appellent... Pas un évènement qui ne soit échangé immédiatement.

Sa présence toute la journée de mon accouchement ou, plus tôt dans nos vies, auprès de son autre fils et de sa compagne alors qu'ils perdaient leur enfant. Il met sa vie entre parenthèses et seule sa famille compte... Il n'a pas été épargné par la vie. Un divorce compliqué, parfois de mauvais choix. Aujourd'hui, il a rencontré quelqu'un de bien, il est heureux. Il a compris que ses enfants étaient très différents et qu'ils étaient devenus des adultes qui pouvaient ne pas s'entendre... C'est dur, il en souffre mais il encaisse. C'est l'ourson dans une peau de brute, les petites attentions et le dévouement incarnés.

Bizarrement, je n'ai qu'une mère. La femme de mon père, je ne la vois pas. La mère de mon jules a été écartée il y'a bien longtemps. L'amie de mon beau-père est très chouette ! On s'entend parfaitement et on déconne beaucoup. Mais je ne la considère pas comme une mère. En belle-mère en revanche, elle est top ! Et complètement sous le charme de son "presque" petit-fils...

Nos familles imparfaites sont bordéliques, certes. Mais finalement, les pièces du puzzle s'assemblent et on a recomposé une jolie mosaïque. Certains morceaux se sont perdus, d'autres ont été oubliés mais ceux qui sont là sont collés à la super Glue. Le sang ne compte pas. Malgré ce que certains pensent, nous sommes heureux, on se sent les parents ou les enfants des autres. On a vu des psys oui, à un certain moment, surtout adolescents. Mais maintenant, on est une famiile...

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