Voie orale

J'ai passé les 3 écrits afin d'intégrer une école d'infirmière (je vous raconte ici). J'ai eu de la chance, je les ai tous les 3 réussi donc j'étais convoquée à 3 oraux. Lyon Sud, Saint Chamond et Vienne... J'y allais un peu flippée. Il allait falloir que j'explique mon changement de voie, que je fasse comprendre que j'étais prête, que j'avais mesuré les enjeux (surtout les négatifs) de cette nouvelle perspective professionnelle et que je saurais m'adapter.

J'ai commencé par Lyon. A l'IFSI Clémenceau, on tire au sort un sujet, on va le préparer pendant 10 minutes après avoir choisi 2 photos qui l'illustrent. Je suis tombée sur : "Qu'est ce qu'un citoyen responsable ?". J'ai choisi 2 photos, un jeune homme réalisant un graffiti et un groupe de personnes pendant une séance de yoga.

Préparation puis passage devant le jury. 3 personnes, toujours. Une psy, une formatrice de l'IFSI et une cadre de santé. Je présente le sujet (ça va hein, c'était pas trop dur) et ensuite questions... Vu mon niveau d'emploi précédent, vais-je être capable de me soumettre à une hiérarchie ? Comment vais-je bien pouvoir réaliser ma première toilette sur une personne âgée ? Suis-je consciente de la perte de salaire ? Suis-je consciente que je peux recevoir des ordres d'une jeune femme, plus jeune que moi ? Et ça continue pendant 20 minutes.

La bonne nouvelle, c'est que j'ai vu ma note d'écrit (à l'envers et en moins de 2 secondes sur un papier qui trainait) et que ça ressemble à un 15. La mauvaise c'est que je partais hyper enjouée d'enfin pouvoir échanger et ce fut l'inquisition. Comme dirait un de mes potes infirmiers "c'est bien un héritage des bonnes soeurs cette autorité mal placée". En même temps, professionnellement, cela faisait longtemps que je ne m'étais pas retrouvée dans ce type de situation. En général, les entretiens d'embauche lorsqu'on a passé 30 ans, c'est un échange constructif, pointe d'humour et sourires partagés. Les rendez-vous avec des clients, c'est une présentation, on doit apparaître sous notre meilleur jour et vendre ses idées. C'est hyper stimulant. Là, c'était plutôt attaque / défense. Je ne me suis pas ratatinée et de toutes façons, je n'ai pas de meilleurs arguments que ce que je leur ai dit... Je ne vais pas inventer ma vie d'avant ni ma future orientation et je pense que, dans ce type de branche, je serai démasquée en 20 secondes. Genre "ah non non, moi le sang, ça me fait rien" et à la première suture qui arrive, boum, dans les pommes !

A St Chamond, le sujet c'était un portfolio avec 20 images, il fallait choisir celle qui caractérisait le plus notre personnalité et dire pourquoi. Montagne, mer, alcool... J'ai finalement choisi une place avec un marché traditionnel hyper coloré. Je ne me voyais pas bien aborder la question de mon alcoolisme ;-) et je déteste la solitude. Ca collait !

Là aussi, après ma présentation, interro. La même ! On m'a même dit que je faisait très sûre de moi, quasi dure, est-ce que j'allais savoir "obéir". J'avais un pantalon noir, une blouse blanche, un collier en liberty et une veste avec un imprimé noir et blanc assez vif. J'ai appris à me tenir droite donc je fais stricte. En même temps, les pépettes qui arrivent en Nike sans chaussettes et legging en jean, je me demande ce qu'on leur dit... Bref, je crois que je n'ai pas marqué de points. Finalement tant pis, celui-ci je n'y tenais pas particulièrement.

Enfin, Vienne. J'étais pleine d'a-prioris. Vienne dans la région, ce n'est pas le meilleur hôpital. Si vous lisez ce blog depuis un moment, vous savez que j'ai eu à faire à leur service gynéco et que je les aime moyen. En même temps, lorsque j'étais aux portes ouvertes de l'IFSI de Lyon, les étudiantes en ont mis plein la tête à l'IFSI de Vienne. Et puis une fois sur place, les locaux sont tout neufs (les plus jolis des 3) et c'est à 4 minutes de chez moi !!!!!

Sujet : "Le malade est plus reconnaissant à la médecine qui le guérit qu'au conseil qui le préserve". Qu'en pensez-vous ?

Ahh de la philo (un peu, pas beaucoup !). J'avais plein de choses à raconter, le début de l'entretien s'est donc bien passé. Ensuite, questions ! Et là, malgré les questions qui reviennent (toujours les mêmes) le ton est plus agréable. Elles ont commencé par me dire qu'au vu de mes résultats à l'écrit, j'étais quelqu'un de brillant. Flattez mon égo, c'est pas ici ! Youhou !

"Comment envisagez-vous la première toilette sur un vieux monsieur par exemple ?". J'ai répondu que j'espérais apprendre la technique précise mais que, tant qu'on est dans un soin de confort, ça ne me gène pas. Et je les ai devancé avec la question qui arrivait toujours après : "quel aspect de ce métier vous fait peur ?". Là, j'ai pris les devants en disant qu'en revanche, faire mal me paraît plus compliqué. La mort, oui, j'ai vu des corps morts, en Inde notamment. Beaucoup ! Beaucoup trop ! On ne peut pas dire que c'est agréable mais je pense que si tu ne connais pas la personne, la peine est moindre. Que oui, j'espérais m'attacher à certains patients, que NON je ne veux pas aller en pédiatrie ou en néonat, que je n'ai aucune connaissance en psychiatrie et que j'attendais de la formation qu'elle me prépare à ces "cas". Que je n'étais pas bête, j'avais bien compris que la gériatrie prend de la place dans la formation, même si aujourd'hui je n'ai pas l'intention d'y mener une carrière, que de toutes façons, j'étais bien incapable de leur dire aujourd'hui dans quel service je voudrais travailler dans 3 ans...

On a ri, on a eu un vrai échange... Alors l'espoir est permis !

Résultats fin juin... On dit qu'il faut prendre son mal en patience non ?

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