Caca Land !!!

J'avais promis un titre comme ça...

Alors là, j'en vois déjà certains qui lèvent les yeux au ciel ("on parle pas comme ça de personnes âgées ET dépendantes") et les autres qui froncent le nez ("berk le caca" : c'est un pléonasme...).



Je résume.

Me voilà en EPHAD, comprendre dans une maison de retraite. Comme prévu, je me retrouve étudiante en première année Infirmière mais... en tant qu'aide soignante. Bah oui, le premier rôle de l'infirmière, au départ, c'était les toilettes... Et puis, comme les infirmières ont trop de boulot, on a délégué cette tâche aux aides-soignants.

Je fais une parenthèse pour vous dire à quel point j'admire ce job. Les AS (jargon médical), elles ont un job fou. Changer, laver, nourrir, prendre soin !! Mais vraiment au sens large du terme.

Ce sont elles qui détectent les plaies, qui voient les rhumes, les escarres et les hémorroïdes en premier et qui en informent l'infirmière (ou IDE). Sans elles, on raterait plein de trucs graves ou moins graves...

Je ne dénigre pas ce travail. Je l'admire vraiment, ce n'est pas celui que j'ai choisi, pour plein de raisons (la routine entre autres).

Donc me voilà, gants, tablier et gants de toilette dans la main pour aller laver, changer et nourrir les patients. Dans mon cas, mes patients portent bien leur nom... on enchaine.

On a pas beaucoup de temps pour chacun. On fait vite, en tâchant de faire bien.



Mes patients très patients sont des gens vieux, genre très vieux.

Certains ne parlent pas, ne bougent pas (mais genre pas du tout hein, ce n'est pas une image). D'autres délirent, déambulent, hurlent. On ne sait pas trop pourquoi ils ont des troubles cognitifs (ça s'appelle comme ça...). On pense que c'est parce qu'ils ont un vieux cerveau, qui dégénère tranquillou dans la vieille tête. Ils ont plein de rides. Ils ont plein de plis, qu'il faut sécher, nettoyer, vérifier. Je vous vois venir (elle parle de vieux sexes...) et ben non.

Les poitrines sont en "gants de toilette" donc on soulève pour vérifier qu'aucune plaie ne se creuse, les fesses sont assises toute la journée, donc on vérifie que le sang circule encore un peu...



Et puis allez, j'y viens.

Vous voulez savoir hein ? Oui, ils ont aussi de vieux sexes. Mais surtout des problèmes de "retenue" (comprendre : de continence). Alors tout fuit !

Pipi et Popo... les 2 vilains.



On change des protections (on ne dit pas "couches" c'est pas bien). Beaucoup...

Et à peine changé, hop ! C'est reparti. Pire encore : il ne faut pas trop nettoyer (pas trop fort) parce que le muscle étant mort, on stimule !

Et oui c'est comme ça qu'on vieillit... c'est moche hein ???



Et bien... oui ET non !

Oui c'est terrible. Surtout quand on a encore un chouïa de conscience... une dame pleure toute la journée, en réclamant que ça se termine. Elle est âgée certes, mais elle sait bien qu'elle est souvent nue devant des inconnus qui s'occupent de sa "petite toilette". Et en plus, on la ménage plus ou moins, selon qui s'en occupe.

En cours on nous enseigne l'intimité, l'humanitude (si si... promis !!). Et puis en stage, on enchaine, on s'épuise avec les AS qui font ça depuis des années et pour qui ces gestes sont mécaniques. Elles ne sont pas toutes comme ça hein. Certaines gardent une délicatesse infinie... d'autres la perdent vite !

Et puis parmi eux, Mme D. 96 ans, veuve d'architecte, le regard bleu. Tout un côté paralysé option bouche qui bave (je fais exprès hein). Le matin : bonjour et Bledine. Grand bavoir autour du cou, dans son lit. Elle ne répond pas bien sûr... elle ne peut pas parler. Cuillère après cuillère, je fais la conversation. Eau gélifiée (elle s'étouffe avec le liquide trop liquide), et multitude de cachets écrasés (en cours, on nous apprend que c'est pas bien d'écraser les cachets...) mais on ne va pas la piquer 46 fois non plus ! Imaginez le goût de tous les cachets en poudre dans de la blédine hein !

Ensuite, toilette, au lit. Elle ne peut pas nous aider encore une fois. Nue, dans son lit. On la tourne et on la retourne. Encore et encore... Visage, devant, dos... la bassine au bord du lit. Et puis protection. On ouvre, on nettoie, plusieurs fois... Enfin une nouvelle protec' toute propre. Une grosse ceinture noire qui se scratche, et dessus on cale le devant. On regarde que ça ne fasse pas "string" et on passe à autre chose. Bas de contention, pantoufles et caraco ou blouse et robe.

Faites un test. Demandez à votre amoureux (se) de se raidir de toutes ses forces, les bras croisés sur la poitrine et amusez vous à lui passer un débardeur ou pire, un pull !!! Bonne chance...

Et puis, il faut l'asseoir sur son fauteuil. Un cocon ça s'appelle. Ce n'est pas un vrai fauteuil... ce serait un peu raide. Aucun appui, aucune mobilité. Le but c'est de ne pas lui faire de nouveaux bleus. Croyez moi, c'est dur !

Et puis on passe à quelqu'un d'autre.

Alors elle attend. Et encore, elle a la télé !!! D'autres poireautent mais les familles ne veulent pas investir dans un écran (pour si peu de temps... sympa hein ?!). A 11h30, descente au restaurant.

Et là, encore, je m'assois à côté d'elle pour le repas (mixé of course). J'enchaîne l'entrée, le plat, le yaourt et le dessert. En jonglant avec les autres qui sont à la même table. On a un petit salon qui tient une vingtaine de personnes qui ne peuvent pas manger seuls...

Bien sûr, là, vous vous demandez pourquoi je vous parle de Mme D.

Je crois qu'on s'aime toutes les 2 ! Elle ne parle pas pourtant. Mais elle me demande, elle me sourit. Et je la câline. On s'aime... elle va me manquer dans quelques semaines.

Je pensais être emmerdée par tout cela. Entre la gêne, le dégoût et les a priori...



Si je suis parfaitement honnête, ça m'arrive. Mais dans la grande majorité des toilettes que je fais seule ou auxquelles j'assiste chaque matin, il n'y en a qu'un ou deux. Finalement, je crois que je me sens utile comme jamais.

De manière imparfaite évidemment, mais hyper "humaine". Alors que parfois, je me demande pourquoi ces gens continuent à s'alimenter si c'est pour CETTE vie ! Oui c'est dur... mes propos sont limite... mais je le pense !

Souvent, je prends plaisir à caresser un front, à faire un sourire ou à essuyer une bouche... Je crois que c'est exactement aussi dur que ce que j'imaginais. Le premier jour, j'ai peu manger. Après avoir nourri tout le monde, je n'avais pas faim. Je pense qu'on se fait à tout... j'ai retrouvé un appétit féroce à 13h45 !

Malgré le fait que vous ayez tordu le nez, ne croyez pas que vous ne vous retrouverez jamais dans ce type d'établissement. Bien sûr, à mon âge, on voit ça très très loin... mais la réalité c'est qu'on va vivre vieux ! Très vieux !!! Et que le corps, c'est une machine qui se dégrade.

Alors 3 choses que je vais faire rapido :

- remuscler mon périnée !!!

- Aller voir ma grand mère dans son EPHAD

- Écrire mes directives anticipées !!!

A bientôt !

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