On parle beaucoup de bienveillance dans l'éducation en ce moment... J'adhère complètement ! Jamais je ne pourrais entendre qu'on ait fracassé la tête de son enfant, qu'on l'ait enfermé dans la salle de bains pendant 2 ans, qu'on ait pu zigouiller sa fille et l'oublier quelque part sans jamais dire où se trouve son corps ou encore qu'on ait pu le faire tourner dans la machine à laver pour le punir.

Je suis pour des condamnations exemplaires dans ce genre de cas et ça me met hors de moi quand je lis les articles à propos de la probable libération anticipée de la mère de cette petite Fiona, dont le corps repose quelque part, sans que son père ne puisse l'enterrer dignement.

Je ne suis pas juge ni jurée (et vraiment, je ne sais absolument pas comment assurer cet éventuel rôle si un jour on m'appelle en me disant "hé, pendant 3 semaines, vous allez venir au tribunal et décider comment condamner cette mère ou ce père").

Pourtant, paradoxalement, le débat autour de la fessée me pose problème. Mais je vais contextualiser...

Enfant, j'ai reçu des fessées. Pas de quoi appeler les services sociaux. Celles de mon père étaient plus nombreuses. Les 3 que ma mère a dû me mettre étaient amplement justifiées. D'ailleurs il ne me semble pas avoir contesté sur le moment, bien consciente qu'elles étaient arrivées à un moment où je dépassais clairement les bornes. Je sais qu'elle s'en est voulu immédiatement après.

On lit que la violence n'existe pas chez les enfants, qu'elle n'apparaît que par mimétisme après la propre violence des parents. Là, je ne suis pas d'accord. L'enfant qui ne maîtrise pas encore ses actes ou ses colères peut être très violent.

Les cours de psycho que je suis en ce moment dans le cadre de ma formation le confirment mais je me base sur ce que j'ai sous les yeux, à savoir : un petit gars de 3 ans !

Déjà très tôt, les colères qui le traversaient étaient gigantesques. Démunie, j'ai lu pas mal sur le sujet et écouté les conseils du personnel de la crèche. Voilà le résumé :

- La colère de l'enfant est la manifestation première de son incapacité à exprimer ses émotions.

- Elle ne doit pas être niée

- Elle ne doit pas être considérée comme une "mauvaise chose", mais il y'a des règles.

"Si tu es en colère, et tu as le droit, tu ne tapes pas maman, papa, ou les copains. En fait, tu ne tapes personne ! C'est interdit ! En revanche, si tu as besoin de faire mal, tu prends un coussin et tu tapes de toutes tes forces". Voilà le discours de la crèche. Très vite, je l'ai adapté à la maison et un pauvre coussin a été désigné. On lui a vite appris aussi à aller se calmer un petit peu, seul, dans sa chambre. Pas comme une punition mais plutôt comme un temps à lui. En général, ça l'amusait beaucoup de taper ce coussin et toute sa tension retombait rapido.

Il le disait très bien d'ailleurs : "ouh lala, je vais aller dans ma chambre, je suis trop énervé, je vais me calmer un petit peu".

On s'est fait mordre quelques fois. De mon côté, je ne l'ai jamais mordu en retour. Je suivais les principes qui énonçaient que "c'était comme prendre possession de l'objet d'affection, prendre le pouvoir de l'autre". Le mordre n'aurait pas été une bonne idée parce que pour lui, c'était une manifestation d'amour.

En ce moment, il commence à aborder des questions plus... philosophiques ! La femme et l'homme (toutes les femmes que l'on croise s'entendent demander si elles ont des "nichons" et une "zezette". Et lui veut montrer son zizi à toute la terre). Je ne suis pas une Freudienne dans l'âme mais on ne peut pas nier que ça le travaille. Alors on explique. Personne ne touche les nichons ou le sexe des autres. Le sien est à lui et même dans le bain, il se débrouille tout seul ! Mes seins sont à moi, je suis seule à pouvoir les toucher. Et ceux des copines qui allaitent sont pleins de lait, donc c'est à manger, pas autre chose. Mais bon... "les bébés eux, ils ont le droit de toucher les nichons de leur maman". Trop injuste !

Et la mort : pourquoi le papa de Mamy il est mort et Mémé elle est à la maison de retraite ?". Alors bon... Comme on est pas catho des masses dans la famille, on dit que c'est comme ça, que les gens très vieux meurent (on ne rentre pas dans les détails).

L'autre jour, très en colère, il m'a sorti un "de toutes façons je t'aime plus ! Et puis de toutes façons, t'es mort toi !". J'ai répondu que moi, je l'aime même quand il est en colère ("ah bon ?!") et que j'étais pas mort parce que j'étais là, en train de lui parler !

Hier il m'a dit qu'il allait "tuer doudou". J'ai répondu un truc genre: "oh bah non pauvre doudou". Du coup, il m'a demandé s'il allait aller en prison... "Mais non mon chéri, faut faire d'énormes grosses bétises pour aller en prison".

Bref, je m'égare. Juste pour illustrer que la colère du petit bébé est tout aussi recevable que celle du "grand" de 3 ans. C'est juste le moyen d'y répondre qui change, tout comme la façon de répondre à leurs questions à propos de sexualité, de mort, d'histoires familiales... On fait différement selon qu'ils ont 3 ou 8 ans.

Il n'a pas encore abordé le grand sujet du "comment on fait les bébés ?" mais je pense que ce jour là, je vais lui la faire à l'envers genre "qu'est ce que tu en penses toi ?".

Je vois autour de nous des enfants très calmes (je ne genre pas, c'est filles ou garçons). Très obéissants, ne cherchant pas le conflit, pouvant jouer seuls des heures durant. Et puis d'autres, plus "difficiles " (je déteste qualifier un enfant comme ça), dans le défi. Ils aiment la confrontation, peuvent être des poupons adorables et très câlins mais parfois aussi des tyrans incontrôlables. Autour de nous, ils sont tous représentés. Le mien inclus... Plutôt du côté des gros bisouilleurs tyranniques ! Il adore la confrontation. Il regarde droit dans les yeux et fait sa connerie. Il connaît très bien la chaise du polisson (idée d'une amie instit en petite section qui trouvait le coin trop stigmatisant. Ca marche bien !). Ce n'est pas une punition mais un endroit pour réfléchir à la bêtise et rester assis 5 minutes. L'autre truc qu'on utilise beaucoup aussi c'est la privation de "bon dessert".

Après les repas en général, quand tout se passe bien, on a le yaourt et un carré de chocolat, un Smarties... Le "bon dessert" quoi. Et bien parfois, il en est privé. Il le dit d'ailleurs (et il ne faut pas rire) "ouh lala, je suis pas trop sage là, je vais pas avoir mon bon dessert". Il n'est pas privé de manger, loin de là, mais juste de cette petite gâterie post-repas qu'il aime tant. Clairement, ça fait carotte pour un âne mais il y'a un moment où il faut sévir. Bah oui, on y vient mais parfois, même si on a pas envie, on ne peut pas laisser passer !

Il y'a des règles de base et si elles sont bravées, la punition tombe. Et puis en fait, au fond de moi je pense qu'il ne faut pas trop expliquer. Il est encore trop petit, il y'a des interdits qui ne sont pas drôles mais qui cadrent la vie en famille ou en société. On ne tolère pas que ce ne soit pas respecté. De toutes manières l'enfant tente quoi qu'il arrive de sortir du tatami ! C'est sain, c'est comme ça qu'il se construit. Et là, selon la façon dont il le fait, c'est notre rôle d'éducateur (oui ça fait canin mais c'est quand même notre rôle) que de l'imposer.

On est sorti de l'enfant roi je crois. La période post-68 où il était interdit d'interdire. Regardez bien autour de vous et vous allez voir les difficultés qu'ont les enfants de l'époque à s'intégrer dans une logique d'autorité omniprésente (le monde du travail en tête). On est tous soumis à une autorité plus forte que nous. On a les mains liées et une obligation de soumission (berk) envers un Etat, un patron, une collectivité. C'est rageant parfois mais je suis convaincue qu'on le vit mieux si on accepte et qu'on a appris ça alors qu'on se construisait.

La fessée, c'est moche. Celui qui la met n'est pas bien, celui qui la reçoit ne comprend pas forcément. Je précise que je parle de la fessée et non pas de maltraitance. Une fessée, c'est une tape sur les fesses, qui ne laisse pas de marque. Ce n'est pas le martinet, ni cul nu. Là attention, je vais me fixer sur les différents commentaires que j'ai lu sous les posts de magazines. Vous êtes prêts ?

Du côté des POUR :

On en a reçu et cela ne nous a pas tué. Si les gamins qui font vraiment de grosses bêtises à l'adolescence en avaient reçu plus, ils n'en seraient pas là. C'est le parent qui commande. L'enfant doit suivre un cadre, c'est comme ça et pas autrement. Il faut qu'il respecte l'autorité des adultes et qu'il apprenne que sa place est une place d'enfant. Il n'est pas égal. C'est un débat démagogique. Faudrait déjà que les vrais malades soient vraiment condamnés avant de faire chier une mère qui met une fessée dans l'année quand ça va trop loin...

Du côté des CONTRE :

La fessée est un aveu de faiblesse qui n'épargne ni celui qui la donne, ni celui qui la reçoit. L'enfant à qui on explique bien les règles n'en a pas besoin. Et si notre patron nous mettait une fessée parce qu'il a autorité ? C'est une pratique d'un autre temps. La clé, c'est la communication avec un enfant. Le parent se doit d'être en forme pour son enfant, de lui consacrer un temps qualitatif, d'être vraiment là quand il est là. On lui apprend que la douleur est acceptable et cela lui montre la violence.

Pour MOI :

Je reçois hyper positivement les arguments des 2 camps. Sauf que :

- J'en ai reçu et ça ne m'a pas tué

- Les ados qui sont en garde à vue toutes les semaines sont effectivement des enfants qui ont dû manquer d'autorité ou qui en ont trop subi 

- Le parent a autorité (je valide)

- Le cadre est obligatoire, pas drôle (certes) mais nécessaire.

- La place de l'enfant est définie et réelle dans la famille. L'enfant ne doit pas s'en prendre aux autres et il n'a pas autorité, même sur les animaux de compagnie.

- La VRAIE maltraitance qui tue des enfants ou qui fracture des os 3 fois par an doit être punie de façon ferme, les enfants retirés et les parents stérilisés (je ne suis pas extrémiste, jamais... Sauf là !)

- La fessée n'est pas la solution. Celui qui la met se sent mal, il n'a pas trouvé d'autre moyen à cet instant précis pour enrayer la colère de l'enfant. Oui c'est de la faiblesse.

- Il y'a des enfants qui, en plein caprice, n'écoutent rien ! Comment faire entrer des mots dans la tête d'une petite personne qui vit la colère dans son corps ? C'est une vraie question hein, si vous avez des recettes miracles, je prends !

- Mon patron ne me mettra jamais une fessée (harcèlement sexuel first !). En revanche l'humiliation sur un lieu de travail, ça existe et c'est régulier. Et parfois ça fait très très mal (parole de scout !) !

- La disponibilité du parent est très très compliquée à mettre en oeuvre parfois. On est des mères actives, des pères au boulot. Et même les meilleurs d'entre nous sont crevés parfois. Alors oui, c'est vrai que parfois on part à l'école en criant parce qu'on est en retard, on doit gérer le boulot, le quotidien, la bouffe, la maison, soi, le conjoint et les marmots. A aucun moment dans cette cavalcade on a décidé d'être de mauvais parents. Jamais on ne s'est dit "tiens ce soir, je vais être une harpie avec toute la famille" et pourtant, parfois, ça nous dépasse. On essaie d'être le plus disponible possible, le plus à l'écoute possible mais ça ne suffit pas. La fatigue domine et c'est perdu ! Je ne genre pas (papa ou maman), je n'en fais pas une généralité, c'est un constat.

- Non la fessée n'est pas un moyen de communiquer, ni une méthode de résolution des problèmes. La violence engendre la violence. Je suis convaincue que les gamins qui en ont trop reçus ne sont pas parfaitement équilibrés et que cela met en péril leurs relations. La douleur, la vexation ressentie ne sont pas acceptables. Il y'a des enfants qui comprennent qu'ils ont enfreint les règles immédiatement et d'autres qui vont pousser en repartant dans le défi.

- Les enfants sont tous différents, les parents aussi.

- Au delà de la démagogie, pour moi, c'est un débat de PAYS RICHE !!! Nous avons, et nos enfants aussi, le ventre plein, du chauffage et un toit sur la tête. On se déchire toute l'année au boulot pour emmener nos petits voir le monde (mer, montagne, on s'en fout !). Ca fait moutons dit comme ça mais c'est vrai !

Si vous avez un peu voyagé ou que vous vous documentez sur l'éducation des enfants dans d'autres contrées, vous savez. Oh là, les pays pauvres (ou considérés comme) ne sont pas maltraitants. Les enfants sont souvent portés aux nues, beaucoup plus que chez nous. Ils sont portés dans des écharpes (sans que ce ne soit physio, lol), ils dorment avec leurs parents, ils sont considérés comme des bienfaits. Mais je ne suis pas sûre qu'on prenne le temps de lire Dolto ou les autres (si tant est qu'on ai eu accès à une éducation...).

Chacun doit avoir sa propre conception de l'éducation et l'Etat devrait avoir d'autres chats à fouetter (violence encore !) que de se préoccuper de ces questions. La priorité c'est déjà de condamner les vrais agresseurs. D'accompagner convenablement les parents qui pourraient crier au secours. A chacun sa conscience et son désir pour ses enfants.

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