Drôle d'aventure...

Quelle drôle d'aventure que la grossesse... Je ne vais faire de dessin à personne, ce grand chambardement ratatine tout sur son passage, et on se retrouve confrontée à des choses qu'on avait pas imaginé...

Le sommeil, l'alimentation, le corps, les sensations, les émotions, les peurs... Tout est neuf ! Et parfois déroutant.

Je ne vais pas non plus vous dire que je rayonne, que c'est tellement beau de porter la vie... Je n'ai jamais aimé la langue de bois, je ne vais pas commencer maintenant. Si certaines d'entre vous ont déjà vécu une grossesse épanouissante au pays des Bisounours, alors vous avez eu beaucoup de chance !

Je peux aujourd'hui dire, au début du 5ème mois, que la bonne fée n'a pas encore illuminé mon corps ni mon esprit. Pas de panique, je suis ravie que tout cela ait fonctionné et que ce petit être pousse tranquille. Mais je vomis (oui beaucoup !) les personnes qui attendent de moi que je ne sois que douceur, amour et bienveillance.

Pourquoi ?

La liste est longue et je vais m'employer à vous résumer cela en seulement quelques points.

Je n'ai plus aucune espèce de forme (je ne parle pas "des formes") depuis près de 4 mois !

J'ai beaucoup dégueulé (et ça m'arrive encore régulièrement, voire souvent !). Pour celles qui ne me connaissaient pas avant, je suis en surpoids. Gourmande, ronde, bien en chair, grosse... comme vous voulez ! Depuis le début de la grossesse, j'en suis à - 18kg au compteur. Pas de drame, j'avais des réserves ! Mais tout de même, c'est beaucoup et c'est surtout très vite ! Et ça fait quoi 18 kg qui se tirent en quelques semaines ? Et ben ça embarque les forces, les nutriments, la tension...

2 mois donc à la maison, heureusement avec maman (God bless you) et mon chéri (<3) qui se sont pliés à tous mes caprices alimentaires (si tant est qu'on puisse appeler cela des caprices, vu que ça se résumait à 1/2 avocat avec un peu de mozza, 1/2 oeuf dur et un Velouté Fruix par repas, midi et soir). Le tout très peu arrosé car l'eau ça fait vomir et avec des nausées permanentes, avant, pendant et après les repas... Ajoutez de temps en temps du melon ou 3 fraises ou 1 orange à 4 heures et vous avez ma journée type...

Vous pensez qu'on s'arrête là ? Que dalle ! On ajoute très tôt un dépistage de diabète positif et à 3 mois, le début des piqûres 6 fois par jour au bout des doigts et une surveillance de ouf !

Je sens monter en vous une question : en ne mangeant rien, comment peut-on déclencher un diabète gestationnel ? Très simple ma bonne dame, quand on vire anorexique (c'est comme ça qu'on nomme le fait de ne plus manger, ça me ressemble vraiment pas, je vous jure), le corps via le pancréas, se met en mode Survivor ! Et il produit un sucre archi mauvais qui s'appelle l'Acétose. Donc moins vous mangez, plus vous avez d'Acétose parce que le coeur, le cerveau et tout les organes un peu indispensables (sissi) ont besoin de carburant !

Tension de merde = malaises, vertiges... Et vous vous rendez compte sous la douche, debout depuis 5 minutes, que vos jambes tremblent et qu'on ne va pas s'éterniser.

La panoplie de la warrior rayonnante, on repassera !

La trouille

Bah oui, je ne sais pas vous, mais moi je flippe ! Et ce qui n'était pas censé m'arriver avant la St GlinGlin (on en reparlera plus bas) m'est tombé dessus "d'un coup d'un seul". Tout à coup j'étais ENCEINTE !

Encore une fois, bien sûr qu'une part de joie s'est insinuée dans ma petite tête à l'idée que tout cela se passait enfin, mais moi je ne raisonne pas en positif, encore moins quand je suis déglinguée de partout, que je suis fatiguée et que je ne me sens pas bien du tout.

Vous imaginez donc une loque asséchée dans son lit qui ne se nourrit que par obligation et parce que sa maman lui crie dessus (gentiment hein, elle s'est fait beaucoup de souci je crois, elle qui avait "rayonné" pendant ses grossesses ! Grrr !), qui se retrouve comme toutes les autres au même stade, confrontée à la fausse couche, les petites douleurs qu'on sait jamais si "tiens, ça y'est, c'est nouveau, c'est hyper inquiétant, je vais le perdre...", et puis les médecins "il faut que vous retrouviez des forces, il en a besoin... (mauvaise mère, déjà). Et vous vous rappelez qu'au début de la grossesse, vous avez bien fêté, arrosé, fait la con ne sachant pas ce qu'il se passait au fond de votre utérus...

Et puis zut (fichtre / diantre...), on a le droit d'être angoissée, d'avoir le moral dans les chaussettes et que les autres comprennent ou pas, ou tentent de vous rassurer n'y change rien. On se mange toute seule ces infimes frayeurs qui se transforment en drames et on a beau vous dire "faut pas y penser", vous avez toujours la bonne cops qui vous rappelle que sa pote l'a perdu comme ça, ou a vécu un enfer, ou bien que le bébé était malade.

Vous arrivez à la première écho chancelante jusqu'à ce que l'échographe prononce ces quelques mots : "tout va parfaitement bien". Il est là, en face sur l'écran, il bouge et cette pro vous assure que tout va parfaitement bien ! Que demander de plus ? C'est la seule phrase que vous vouiez entendre, dans sa bouche à elle...

Là d'un coup on va mieux, on a un regain de pêche, il va bien ! Moi je dérouille mais lui, il nage dans son truc, comme un pape, il est tout bien formé... Petit nuage j'arrive !

Ah non, avant de partir, on va tester la trisomie 21 quand même (quelqu'un aurait une rustine pour le petit nuage là ? Je sens que ça se dégonfle !)

Le long déconditionnement d'avant

Rappelez-vous les fidèles du blog, ça s'appelle quand même "Pas envie de fraises" et ça n'avait rien à voir avec l'absence de désir d'enfant, c'était lié à toutes les contraintes techniques liées à l'"incapacité de faire un bébé" (j'emploie ces mots exprès...).

Pendant des mois, j'ai compris que je me lançais dans un périple galère car moi, jeune femme de 28 ans, amoureuse y tout y tout, je ne fonctionnais pas. On connaissait le problème (les OPK) et on avait bien commencé les démarches vers la PMA. Des RDV médicaux, des points réguliers, une énorme documentation avalée en quelques semaines, les risques, le temps qui passe... Et les mots du personnel médical : "On ne cherche pas un bébé, mais une grossesse, une réponse hormonale à un traitement" - "On va très vite s'orienter vers des inséminations artificielles" - "Les follicules doivent être mûrs, costauds, votre ovulation doit être comme-ci, votre phase lutéale comme-ça"... Vous voyez de quoi je parle ? ;-) On ne rêve plus d'un bébé, le joli poupon rose et endormi sereinement, on ne rêve plus de la grossesse idyllique avec ce ventre rond, tendu, fertile... On ne rêve plus que, d'ici la prochaine écho de comptage de follicules, on ait un Brutus d'ovule bien campé sur son morceau d'ovaire qui s'accroche et qui soit fécondé dans les 90 jours de cycle qui se profilent !

Romantique non ? Et donc, notre petit cerveau il se protège, il met de grosses barrières bien épaisses qui rappellent que l'objectif n'est pas l'enfant, ou d'être mère... On déconditionne à mort, on se rend "froide" et on tente de se désensibiliser un max. Et puis un jour, alors que tous les tests négatifs garnissent la poubelle de la salle de bains, accompagnés des Kleenex qui vont avec, une bandelette rose apparaît. Et là, c'est le drame (pas pour le bébé hein) mais pour le cerveau et ses grosses barrières ! Que se passe-t-il ?

Et ben là, le cerveau, il plante !!! Et donc, on doute d'être vraiment enceinte, on se lève le matin pas enceinte, et puis c'est quelque chose dans l'appart, ou le chéri, ou ??? qui soudain fait revenir la réalité... 2 mois bien tassés après l'arrivé du micro choupinou dans son nid utérin, on dit aux gens des trucs avec des "quand je serai enceinte" dedans. Des gens qui savent déjà, qui écarquillent les yeux et nous rappellent que, ça y'est c'est déjà le cas ! Les lapsus s'enchaînent, et on s'en veut.

Pourquoi je n'arrive pas à intégrer l'info ? Pourquoi je me protège encore alors que lui, il est là, il ressent des trucs, il sait déjà que je suis nulle ? Autant vous dire que si vous commencez à additionner les questions + l'état général + les frousses de tout, ça fait des journées de dingues. J'ai viré associable, ermite et sauvage !

Et donc le regard des autres

On y vient ! Le couperet tombe quand vous vous sentez jugée pour tout ça. Bah oui, évidemment, la société attend de vous que vous ne soyez qu'un rayon de soleil, souriant et épanoui, les mains sur le ventre, avec des envies de femme enceinte, l'envie de prendre soin de soi, d'être une femme pour son homme (avec une sexualité radieuse au passage), de transmettre son bonheur à l'ensemble du monde...

Et les gens attendent EXACTEMENT ça aussi ! Pas tous, y'a des compréhensifs ! Mais dans l'ensemble, quand on annonce qu'on est enceinte et qu'on a une tête de déterrée, en face, ça comprend pas !

Ou bien on te dis : tu somatises non ? Alors là, comment vous dire, que je somatise ou non, finalement, le résultat est le même ! Alors peut-être que mon cerveau et mon corps ont du mal à s'aligner, à se mettre d'accord ou juste à se faire à l'idée... Mais moi, à la fin, je dégueule, j'en bave et EN PLUS je culpabilise à mort de ne pas être cette image d'Epinal...

Pour conclure, je souhaite juste rassurer tout le monde, je vais bien. Aujourd'hui dans le 5ème mois, j'ai hâte de voir mon bébé à la deuxième écho, je suis contente de le sentir bouger, et je suis encore plus aux anges quand n'importe quel spécialiste me dit que "tout va parfaitement bien". Le grain de riz à bien changé, il ressemble à un petit humain, et commence à prendre de la place. Je ne rayonne pas, je dors dés que l'occasion se présente, je mange ce que je peux, je me pique jusqu'à la fin de la grossesse, je relativise. Je ne vois pas grand monde, il est encore difficile d'aller au restaurant ou de marcher en ville (surtout en pleine canicule). Je pense que j'ai compris que je n'aurais pas la grossesse des magazines, mais tant pis. J'en connais qui sont belles, qui me font passer pour une loque en guenilles au teint de poubelle. Tant pis encore une fois !

Je l'ai tellement voulu qu'il s'est installé avec son lot de symptômes. Je prends quand même ! Tant pis !

Une autre jeune femme que je ne connais que via des contacts communs est enceinte et vis les mêmes heures sombres que moi il y'a quelques semaines. Une fille qui a fait des études, avec un bon poste parisien, qui est autonome, adulte, qui a l'habitude de "gérer". Elle en bave. Lorsque ma mère l'a rencontrée, la seule chose que je souhaitais qu'elle lui dise c'était "Courage, non ce n'est pas terminé, non tu ne t'écoutes pas, oui ça peut durer jusqu'à la fin (dans mon cas c'est parti pour, malgré le fait que, pour tout le monde "ça va passer"), et tu n'es pas seule."

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