Et cette machine dans ma tête...

Bonjour,

Vendredi, j'ai eu un RDV téléphonique avec notre pédopsy (là aussi, je ne vous retiens pas... Si vous trouvez ça dingue d'avoir besoin de se confier à une inconnue en pleine tempête, la sortie c'est pas ici !).

Voilà, en gros, la teneur de cet échange.

Primo, le fait de pouvoir enfin accepter que dans d'autres conditions, mon bébé ne vivrait pas, c'est un premier pas.
En effet, si j'étais rwandaise ou si j'avais vécu au temps des parents de mes grands parents, mon fils ne survivrait pas à cette malformation de l'estomac. J'ai mis du temps pour comprendre que cette chance était inouïe, de vivre ici, en ce moment, dans ces conditions.

Secundo, le fait que mon ventre soit le paradis pour cet enfant est un fait. Il n'a rien à faire, son état de santé ne dépend que de moi et des ressources que je lui transmets. Pour l'instant, il n'a besoin que de ça. C'est pour ça que l'idée d'accoucher, de le faire naître est si compliqué.

Quelqu'un disait "naître c'est mourir". Sans en arriver là, pour lui, naître c'est entrer dans la vie par la case hôpital, chirurgie, douleur...

J'aime contrôler les choses, je ne fonctionne que comme ça, c'est moi. Dans ce cas précis, mon rôle de mère est déjà entrain de se modeler. Par exemple, le fait d'être restée couchée et que cela ait fonctionné, ou bien le fait d'avoir suivi tous les spécialistes, d'avoir présenté le dossier à tout le monde, d'avoir pris son mal en patience, d'avoir mangé, contre toute envie, pour nourrir ce bébé depuis les différentes annonces qui coupent l'appétit...

Pour la Doc, c'est ça mon rôle de mère jusqu'ici.
Sauf que, le mettre au monde, c'est accepter que d'autres jouent leur rôle.

Puis-je tenir le bistouri qui va ouvrir son ventre ? Non. Je n'ai pas les connaissances ni les 12 ans d'études du chirurgien.

Puis-je établir le protocole de suivi qui va en découler ? Non. Là encore, les pédiatres et leurs savoirs lui seront plus utiles.

Puis-je rivaliser avec la nature / Dieu / le karma / le destin / la chance ou le hasard (appelez ça comme vous voulez) ? Non plus.

Et enfin, le pompon : puis-je remplacer mon fils, son instinct de survie, ses forces ? Et non !

Cet être indépendant doit aussi faire sa part du boulot, seul.

Alors qu'est ce que je peux bien faire dans cette histoire ??? Tout le reste ! Lui expliquer dés aujourd'hui ce qui va se passer, sans mentir ni minimiser. Être auprès de lui chaque jour, pour l'accompagner. Déculpabiliser surtout ! Et le laisser naître.

On ne sait pas, ni le psy ni moi, comment vont s'enchaîner ces foutues premières minutes, si nous allons pouvoir nous voir, si sa santé va nous permettre de passer un peu de temps ensemble.

Et s'il ne pleurait pas ? Elle me rassure juste en me disant que ce "fantasme" terrifiant habitent toutes les futures mères. Elle me dit aussi que j'ai des peurs bien plus costauds à gérer, qu'il vaudrait mieux que j'en laisse un peu aux autres.

Elle me dit aussi qu'il faut que je m'autorise à mettre un peu de rose sur mon tableau, à accepter de visualiser des moments positifs comme un peau à peau par exemple... Avec un poupon beau et calme. Pour l'instant, je ne vois pas forcément les choses version "tiens, ça ce serait vraiment cool". Mon petit crâne envisage surtout les options négatives, peut-être pour moins souffrir.

Les contractions vont arriver, elles le peuvent maintenant que son développement est bien avancé. Il faut donc qu'à mon tour, j'accepte qu'elles arrivent et que commence la vraie aventure. Celle dans laquelle on va devoir vivre tous les 3 heure après heure, jour après jour, jusqu'à sa sortie d'hôpital et à ses premiers instants chez lui.

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