La valse des préjugés

Sans prétention, je me suis toujours considérée comme quelqu'un d'ouvert. Pas trop dans le jugement, en cherchant à comprendre. Mon mec ou mes proches ont l'habitude de me dire que j'en fais trop parfois, que je trouve des excuses ou que je cherche à expliquer les conneries ou les attitudes négatives des autres au lieu de simplement me dire que c'est pas bien et puis c'est tout.

Pourtant comme tout le monde j'avais des avis, des idées préconçues. Moins que d'autres mais quand même.

Avant d'être enceinte, j'étais convaincue qu'un enfant trisomique n'aurait pas sa place chez moi. Pourtant sans réfléchir, à 6 mois de grossesse, j'ai répondu un "non" direct et très sûr à l'amniocentèse qu'un médecin me proposait. En moins de 2 secondes, sans un regard pour mon jules, une de mes certitudes s'effondrait.

Et puis, j'étais sûre à 100% que j'étais faite pour la communication. Même si cela a pris un peu de temps, j'ai retourné ma veste. Une accumulation de lassitude pour cette branche pourtant convoitée, un réalisme sur les vraies méthodes de travail, un syndrome de l'imposteur conséquent et hop ! Me voilà aux antipodes.

Avant la rentrée, la certitude que les "gamins" de 15 ans de moins que moi allaient me gaver. Et puis, même si certains sont horripilants et étonnants de bêtise (lol), j'ai découvert de jeunes gens attachants et motivés. D'autres difficultés que celles que j'ai pu rencontrer à leur âge, d'autres volontés aussi... certains sont incroyables ! L'ouverture d'esprit à propos de certains sujets ou la manière de gérer les soucis m'apprennent beaucoup.

Avant le stage en Ehpad, j'étais sûre que j'allais détester m'occuper des "vieux", qu'il n'y avait plus grand chose à faire pour eux... et rebelote ! Une claque... tant d'échanges drôles ou pas, tant d'humanité dans ces regards qui ne peuvent plus exprimer les sentiments comme ils le voudraient. J'ai découvert que 2 patientes dont je me suis occupée en octobre dernier sont mortes. J'ai ressenti beaucoup de peine... il y a 1 an j'aurais balayé ça d'un "oui bon bah c'est normal à leur âge hein !".

Plus récemment, les patients psychotiques. Ahhh ma vision de ces malades n'était pas très ragoutante ! Faits divers, peur des réactions... et aujourd'hui, en randonnée avec une partie du groupe, de beaux éclats de rire, de l'entraide... de la colère aussi, lorsque nous sommes rentrés nous réchauffer dans un café de village et que j'ai croisé les regards des propriétaires, pas franchement contents de voir débarquer un mini bus de "malades".

De plus en plus, je pense que je n'ai pas fini de "grandir". J'espère offrir ça à mon fils, la capacité à ne pas juger au premier coup d'œil. La volonté de comprendre pourquoi on aurait réagi comme ça et pourquoi on ne le fait pas finalement.

Changer de filtre pour voir les choses autrement et tenter d'expliquer à ceux qui ne comprennent pas.

"C'est jamais inintéressant de prendre une bonne claque sur ses propres idées reçues" - Grand Corps Malade - Patients

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